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Entretien réalisé le lundi 19 octobre dans la matinée, par téléphone et en roumain.


Après deux premiers entretiens sur l’accès aux médicaments*, Radu Gănescu, président de la Coalition des organisations de patients atteints de maladies chroniques (Copac) et de l’Association des personnes souffrant de thalassémie majeure (maladie sanguine), se penche sur les dépenses de santé en Roumanie…

L’État roumain accorde-t-il enfin davantage de moyens au système de santé public ?

Oui, les dépenses de santé ont même augmenté de 30 % par rapport à 2023. Cela dit, la Roumanie reste effectivement le pays de l’UE qui consacre le plus petit budget à la santé, que ce soit en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) ou par habitant**. Mais ces dépenses sont en hausse. Par ailleurs, il y a eu beaucoup d’innovation ces dernières années, je pense notamment aux traitements de maladies qui présentaient auparavant un taux de mortalité élevé, comme le cancer ou le sida. Les technologies ont évolué, l’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée, les services dans leur ensemble sont davantage numérisés. La question est de savoir si ces progrès et ces dépenses plus élevées rendent le système plus efficace et meilleur pour tout le monde : pour les patients, mais aussi pour les professionnels de santé, sans oublier les personnes qui conçoivent les politiques de santé publique. Et là, il y a encore beaucoup de travail… Nous sommes toujours le pays de l’UE avec le plus fort taux de mortalité évitable (avec la Lettonie, ndlr). En outre, la loi 95/14/04/2006 sur la santé dessert le système car elle a plus de vingt ans et n’est plus adaptée. Sans parler de nos bâtiments qui restent vétustes même si des rénovations ont été effectuées ces dernières années via, notamment, le Plan national de relance et de résilience. Autre gros problème : les ressources humaines, déficitaires, et très mal réparties sur le territoire. Enfin, sur le fond, le système doit être davantage transparent et ne plus masquer les problèmes, c’est contre-productif. Inverser l’ensemble de ces tendances sera le signe que nous augmentons les dépenses de santé à bon escient.

* https://regard.ro/radu-ganescu – https://regard.ro/radu-ganescu-2/

** Comparaison des dépenses pour la santé au sein de l’Union européenne (source : Eurostat) : https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Healthcare_expenditure_statistics_-_overview&etrans=fr

Combien d’argent les Roumains consacrent-ils à leur santé ?

Outre le système public auquel ils contribuent, ils supportent d’autres coûts importants. Les dernières études mettent en avant la somme de 33,6 milliards de lei par an (environ 6,3 milliards d’euros, ndlr) que les citoyens sortent de leur poche, hors système public. Cela représente environ 30 % du budget de la santé (qui s’élevait à 24 milliards d’euros l’an passé, ndlr). C’est considérable. Pourquoi ? Parce que souvent les patients doivent faire appel à des établissements privés pour des analyses médicales, des soins dentaires, etc. En principe, le paquet de base dans le public donne accès à absolument tout. Sauf que, dans les faits, le système n’est pas capable de prendre en charge tout le monde par manque de fonds. Voilà pourquoi il faut aller dans le privé pour certaines analyses ou pour bénéficier de certains appareils chirurgicaux. Et je ne parle pas des délais de prise en charge dans le public… De façon générale, on a besoin de vrais changements dans le mode d’assurance. Contrairement à d’autres pays européens, nous ne disposons pas d’assurances privées au sens réel du terme. Ce que nous avons ici, ce sont surtout des établissements privés et des couvertures spécifiques que les multinationales offrent à leurs employés. Mais il ne s’agit pas d’un système complémentaire d’assurance privée, lequel permettrait davantage de clarté concernant des dépenses que beaucoup effectuent simplement pour combler les lacunes de la santé publique. Enfin, il reste aussi la question des pots-de-vin… Une mauvaise habitude que certains soignants n’ont malheureusement pas abandonnée. Mais je crois que ce phénomène est en déclin et qu’avec le temps, il disparaîtra. L’accès aux soins ne dépendra plus des relations, des connaissances ou d’autres formes d’influence.

S’agirait-il aussi d’alléger le système de santé public dans son ensemble ?

Oui, outre ce que je viens de mentionner, nous devons notamment progresser en matière de prévention. Par exemple, nous disposons de programmes de vaccination antigrippale ou anti-hépatique, mais ils ne sont pas exploités de façon efficace faute d’informations, de prévention et d’intérêt de manière générale. Dans notre pays, le paradigme a longtemps été de soigner, non pas de prévenir, ce qui est dommage et coûte cher. Ensuite, certaines catégories ne paient pas la santé ; nous avons un système social, et c’est bien normal. Je pense ici aux enfants, aux personnes handicapées et aux gens qui perçoivent de petites retraites. Le problème est que cet argent ne leur revient pas directement. L’État ne leur fait pas payer la santé, mais il n’y a ni traçabilité, ni transparence sur le fait que cet argent soit ensuite utilisé en leur faveur. Enfin, pour alléger notre système, il faudrait commencer par faire rentrer plus d’argent, par exemple via les taxes sur les cigarettes ou les produits sucrés (plusieurs États membres de l’UE appliquent déjà une fiscalité spécifique sur les boissons sucrées, ndlr). Or, cet argent ne rentre pas dans les caisses par manque de transparence. C’est prévu, mais cela ne se fait pas. Et c’est un gros manque à gagner.

Propos recueillis par Benjamin Ribout (19/10/26).

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