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Entretien réalisé le dimanche 18 octobre en fin de matinée, par mail et en hongrois (depuis Budapest).


Dix ans après sa fermeture pour des raisons politiques, l’iconique journal hongrois de gauche Népszabadság (Liberté du peuple) revient sous la forme d’un site d’actualités et d’un hebdomadaire dont le premier numéro est sorti le 16 octobre. Rencontre avec sa rédactrice en chef adjointe, Brigitta Szabó…

Pourquoi le retour de Népszabadság est-il symbolique et comment a-t-il été possible ?

Seul un pouvoir parfaitement assuré d’agir sans en subir les conséquences pouvait se permettre de faire disparaître Népszabadság. Pourtant, réduire ce journal au silence ne relevait pas seulement d’une démonstration de force ou d’une menace à l’encontre de ceux qui pensent différemment. Cela mettait en lumière la nature du « Système de coopération nationale » (NER, le régime Orbán, ndlr) et son attitude vis-à-vis de la presse critique et de l’espace public. Cette relance porte un message moral, éthique, médiatique et sociétal. Si un journal peut être supprimé et sa rédaction démantelée, son héritage intellectuel, tout comme le besoin fondamental du public d’une information critique et indépendante, ne saurait être détruit ni éradiqué. L’accueil réservé à Népszabadság le confirme… Nous avons dû réimprimer le premier numéro (sorti le 16 octobre, ndlr). Le rédacteur en chef et ses quatre adjoints, dont moi-même, faisions tous partie de Népszabadság avant la fermeture. Désormais, c’est la société 4Sight Media Group Zrt qui investit dans cette relance. Les quatre hommes d’affaires qui le détiennent réinjectent des capitaux gagnés à l’étranger parce qu’ils croient en nous et sont convaincus qu’il y a une place pour un nouveau Népszabadság. L’accord conclu avec l’association Népszabadság, propriétaire de la marque, associé à notre charte éditoriale, constitue la garantie que leur promesse de ne jamais interférer dans le contenu sera respectée.

Quel rôle Népszabadság envisage-t-il au sein d’un paysage médiatique hongrois en pleine mutation, et quelle sera sa position à l’égard du nouveau gouvernement du Premier ministre Péter Magyar ?

Nous n’avons pas l’intention de reproduire l’ancien Népszabadság, et, de toute façon, nous ne le pourrions pas car la diffusion de quotidiens n’est actuellement pas viable en Hongrie. L’ancien gouvernement du Fidesz a instauré un monopole sur l’impression et la distribution qui mettra du temps à être démantelé. Nous voulons plutôt perpétuer la tradition de notre publication sous une forme moderne. Notre média « évolue avec le monde », comme le dit sa devise, et il ne saurait en être autrement. Par ailleurs, Népszava (quotidien social-démocrate absorbé par Népszabadság, ndlr) fait partie intégrante du projet. Notre rédaction comprend des journalistes de ce média, dont beaucoup ont travaillé pour Népszabadság par le passé et y apportent leurs perspectives. Nous ne souhaitons être ni progouvernemental, ni d’opposition, mais exercer un rôle critique et de surveillance à l’égard de ceux qui détiennent le pouvoir, ce qui constitue la mission fondamentale d’une presse indépendante. À ceux qui pourraient nous qualifier de communistes, de proches du MSZMP (l’ancien parti unique sous le régime communiste, ndlr), ou même de pro-Tisza (parti du Premier ministre Péter Magyar, ndlr), je réponds la chose suivante : lisez-nous d’abord, jugez ensuite. Népszabadság paraît en ligne et sous forme d’hebdomadaire papier. Nous produisons également des vidéos et des podcasts, et privilégions l’actualité et les affaires publiques. J’espère que les évolutions du marché, notamment les nouvelles possibilités de collaboration avec le secteur publicitaire, offriront une vraie chance de réussite.

Quels sont les thèmes les plus importants aujourd’hui pour Népszabadság ? Et des différences importantes existeront-elles entre le contenu publié en ligne et celui du magazine imprimé ?

Nous voulons rompre avec une approche centrée sur Budapest caractéristique des médias hongrois. Nous disposons d’un réseau national de correspondants afin de comprendre ce qui se passe sur l’ensemble du pays dans des localités comme Mátészalka (au nord-est de la Hongrie, ndlr), par exemple, et d’analyser les répercussions d’événements tant au niveau local que national. Nous prévoyons aussi de déployer des journalistes dans les pays voisins afin d’aborder les enjeux régionalement et de recueillir des témoignages de terrain. Nous questionnons, analysons, et favorisons la confrontation des points de vue. Nous voulons offrir des repères au milieu du brouhaha ambiant, tout en cherchant à redonner au journalisme et à la presse la place qui leur revient traditionnellement. Le terme « journaliste » doit cesser d’être mal vu ; nous tenons à ce que les médias ne soient plus perçus comme des « usines à mensonges ». Quant à l’hebdomadaire, il ne cherchera évidemment pas à rivaliser avec l’information en temps réel. Il proposera plutôt des articles originaux, des analyses, des reportages, des entretiens, des tribunes, ainsi qu’une rubrique culturelle. Nous traiterons l’actualité immédiate sur notre site tout en apportant un éclairage de fond et une gamme variée de podcasts. Le développement ne fait que commencer. Nous prévoyons de concrétiser pleinement notre vision d’ici le mois de janvier. Les propriétaires nous ont accordé un délai confortable, le financement étant assuré pour les deux prochaines années. Et, bien sûr, nous invitons nos lecteurs à nous accompagner tout au long de cette aventure.

Propos recueillis par Joël Le Pavous (18/10/26).

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