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Entretien réalisé le lundi 18 mai dans l’après-midi, par téléphone et en roumain.


Secrétaire d’État au ministère de l’Économie en charge notamment de la compétitivité et des politiques industrielles, Viorel Băltăreţu est également entrepreneur de longue date. Dans cet échange, il se penche sur la modernisation de l’État roumain…  

Malgré les déséquilibres macroéconomiques dont souffre la Roumanie, certaines politiques d’austérité auraient-elles pu être moins dures ? Je pense en particulier à la hausse de la TVA, un impôt qui n’est pas très égalitaire et n’a pas arrangé la forte inflation…

En effet, je pense que certaines mesures auraient pu être mieux calibrées. Même s’il faut bien admettre que la Roumanie ne pouvait plus repousser l’assainissement budgétaire… Notre déficit ne nous le permettait plus – 7,9% du PIB en 2025, ndlr. La question qui se posait à l’arrivée du gouvernement Bolojan était de savoir si nous allions régler cette facture de manière ordonnée ou dans le cadre d’une crise. Or, le pays se trouve dans une zone de risque budgétaire et financier sérieuse qui a demandé une correction rapide afin d’éviter de perdre en crédibilité et de ne pas aggraver la détérioration des conditions de financement de nos emprunts. Je suis d’accord sur le fait qu’il aurait fallu mieux répartir le fardeau entre l’État et les contribuables, mais, d’un autre côté, cette mesure d’augmentation de la TVA a apporté des résultats rapides. Ce fut aussi un signal positif transmis aux bailleurs de fonds du pays pour dire que nous commencions à rectifier le tir. Cependant, la mesure a clairement eu un effet inflationniste et a frappé précisément ceux qui, en fin de compte, ont les revenus les plus faibles. Et c’est un problème, car même si les gens ont encaissé de nombreux chocs ces dernières décennies, la pilule serait mieux passée si une vraie réforme de l’État avait aussi été engagée en réduisant notamment le gaspillage des deniers publics.

Restez-vous optimiste ? Et quels sont les atouts du pays ?

Je reste optimiste mais sous certaines conditions. Nous disposons actuellement de réels atouts, à commencer par notre position de plus en plus stratégique ; le pays est situé au bord de la mer Noire, à la fois dans l’UE et dans l’OTAN. Nous avons aussi des ressources en matières premières, en énergies. Autre chose que j’ai réalisé durant mon mandat récent au ministère de l’Économie : nous avons encore une industrie. Bien sûr, nous n’avons plus ces énormes complexes industriels et énergivores de la période communiste, au sein desquels travaillaient des milliers de personnes qui ne savaient pas réellement si la production réalisée avait un sens, si elle était efficace. Cependant, environ 26 % du PIB roumain sont toujours générés par les branches industrielles ; c’est un peu plus qu’en Allemagne et davantage que la moyenne européenne qui se situe autour de 20%. Dans toutes les grandes villes du pays, nous disposons d’excellents professionnels en ingénierie, en informatique et dans la production industrielle. Sans oublier un environnement entrepreneurial et des entreprises, dont pas mal de PME, habitués à avancer dans des conditions difficiles ; cela aussi est un atout, les Roumains font preuve de résistance. Notre potentiel de croissance existe donc, bien qu’il soit sous-exploité. Il dépend du secteur privé mais aussi beaucoup de ce que fera l’État dans la période à venir. On attend de lui qu’il soit davantage prévisible et mette en place des politiques publiques soutenant l’économie réelle.

Autre sujet, la numérisation des services fiscaux. Elle reste un casse-tête pour beaucoup de contribuables qui doivent passer par des démarches compliquées…

Je vous rejoins, numériser ne consiste pas à déplacer un guichet mal conçu vers un portail mal conçu. La numérisation implique en soi une réforme de fond des relations entre l’État, les citoyens et les entreprises, et elle doit s’accompagner d’un véritable processus de simplification. Ceci étant, il y a du mieux. Prenez la nouvelle déclaration fiscale unique, il est évident qu’elle a été conçue sur une toute nouvelle plateforme, c’est plus clair ; elle est même désormais pré-complétée. De façon générale, tout changement devrait s’accompagner d’étapes, d’une période de test et de dialogue avec les bénéficiaires afin d’évaluer la qualité du service. Même chose concernant les sanctions ; cela doit être graduel, avec une période d’adaptation, et concerner avant tout ceux qui y mettent de la mauvaise volonté, pas juste sanctionner de manière bête et méchante. Sans ça, il y aura toujours plus de méfiance et de réticence de la part de la population. Surtout, le lien de confiance est fondamental ; sans lui, construire une discipline budgétaire est un leurre. Le lien de confiance et la transparence. Je ne trouve pas anormal que l’État sache ce qui me rapporte de l’argent ; de là découlera une meilleure perception de l’impôt et une identification des abus. Pour certaines catégories d’imposition, la Roumanie se situe en dessous du niveau de plusieurs pays européens. Cependant, le recouvrement reste faible, ce qui montre que le problème ne tient pas uniquement du niveau des impôts, mais aussi de l’efficacité administrative, et, encore une fois, de la confiance des contribuables. Par ailleurs, beaucoup trop de pratiques passent au travers des mailles du filet, mais il faudrait aussi innover en permettant aux gens de déduire de leur déclaration certaines choses, comme le fait d’employer légalement quelqu’un à la journée, par exemple. Tout le monde aurait à y gagner. Pour résumer, ma position générale est la suivante : on ne peut pas instaurer une discipline budgétaire durable uniquement en augmentant les impôts. Il faut également une véritable réforme de l’État, et un meilleur recouvrement des taxes grâce à une relation de confiance avec les contribuables.

Propos recueillis par Benjamin Ribout (18/05/26).

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