Entretien réalisé le mercredi 1er avril dans l’après-midi, par téléphone et en anglais.
Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie entre dans sa cinquième année, la Roumanie demeure en première ligne de l’accueil des réfugiés, un engagement constant dont nous dressons le bilan avec Kylie Alcoba Wright, responsable des opérations de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) dans le pays…
Pouvez-vous nous faire un état des lieux de la situation des réfugiés ukrainiens en Roumanie ?
Depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine voisine – le 24 février 2022, ndlr –, la Roumanie a enregistré plus de 11 millions de passages de frontière et accueille aujourd’hui plus de 203 000 réfugiés sous protection temporaire, majoritairement des femmes avec enfants et 9 % de personnes âgées. La taille moyenne des familles est de 2,7 personnes, avec une légère hausse récente du nombre d’hommes parmi les arrivants au cours des deux dernières années. Selon les données dont nous disposons, 51 % des réfugiés ont déclaré travailler en 2025, et 58 % sont diplômés du supérieur, malgré un décalage fréquent entre leur qualification et leur emploi ici en Roumanie. Nous continuons donc d’œuvrer afin de garantir leur intégration, pour qu’ils puissent bénéficier de l’accès à l’emploi, aux droits sociaux et à divers services. Notre réponse, coordonnée par 43 organisations, s’articule autour d’un plan annuel qui vise principalement l’inclusion des réfugiés dans la société roumaine. Néanmoins, des obstacles persistent, comme la barrière linguistique, les difficultés d’accès à la garde des enfants, la pression sur le logement, et l’accès aux soins qui reste encore complexe. Malgré cela, la perception des réfugiés ukrainiens demeure globalement positive, deux tiers d’entre eux jugeant bonnes leurs relations avec la société roumaine.
Quelle est l’attitude actuelle des autorités roumaines ?
Depuis 2022, les autorités roumaines ont assuré une réponse centrale, soutenue par la société civile. Un programme d’aide, instauré par Ordonnance d’urgence, a permis de financer l’hébergement des réfugiés, notamment les plus vulnérables, sur une durée pouvant aller jusqu’à trois mois. Ce dispositif, plus étendu que dans d’autres pays de l’UE, a été partiellement réduit, certaines aides ayant pris fin en décembre dernier. Il cible désormais les nouveaux arrivants répondant à des critères de vulnérabilité précis. L’avenir de certaines mesures, notamment concernant l’hébergement collectif, reste donc incertain. Parallèlement, les réfugiés bénéficient d’un accès aux prestations sociales dans des conditions proches de celles des citoyens roumains. À l’heure actuelle, l’action publique évolue d’une logique d’urgence vers une stratégie d’intégration. Cette réponse s’appuie aussi sur le soutien international, avec la communauté humanitaire qui a mobilisé 1,4 milliard de lei – environ 270 millions d’euros, ndlr – en complément de l’action de l’État, contribuant à maintenir les dispositifs d’accueil et d’accompagnement.
Quelles perspectives voyez-vous pour les réfugiés si la guerre se poursuit ?
En cas de conflit prolongé, l’avenir des réfugiés repose sur la poursuite de leur intégration, impliquant une responsabilité partagée entre autorités, organisations internationales et société civile. Leur statut de protection temporaire est garanti jusqu’au 4 mars 2027, mais son éventuelle prolongation, discutée au niveau européen, reste incertaine. Dans ce contexte, l’intégration apparaît comme essentielle pour limiter la lassitude et contrer la désinformation, en valorisant la contribution économique et sociale des réfugiés. L’enjeu est désormais de favoriser un ancrage durable en renforçant les coopérations avec les acteurs locaux, les universités et les organisations de réfugiés, cela afin de garantir une intégration fondée sur la participation plutôt que sur l’assistance. Dans cette perspective, les réfugiés sont appelés à s’inscrire durablement dans la société roumaine, dans une logique de contribution. Cette évolution marque un tournant. Après l’urgence vient le temps de l’ancrage, dans l’attente de conditions permettant un retour sûr et digne en Ukraine.
Propos recueillis par Charlotte Fromenteaud (01/04/2026).
Note :
Site renvoyant aux données du HCR : https://data.unhcr.org/fr/working-group/361