Entretien réalisé le jeudi 12 mars en fin de matinée, par téléphone et en roumain.
Nouvel échange avec Beatrice Mahler, maître de conférences à l’Université de médecine Carol Davila de Bucarest et pneumologue à l’Institut Marius Nasta spécialisé dans les maladies respiratoires…
Vous avez écrit un livre sur la relation médecin-patient. Pourquoi ?
D’abord parce que la confiance de la société envers les médecins a beaucoup souffert lors la pandémie. Même si nous avons fait notre travail, l’impact émotionnel de cette période a été extrêmement fort. C’est à ce moment-là que j’ai écrit le livre, j’en ai ressenti le besoin, non seulement pour les professionnels de santé mais aussi pour les patients. Pour le médecin, il est essentiel que le patient lui fasse confiance, qu’il lui dise tout, sans crainte. Seul un dialogue ouvert permettra un diagnostic précis, correct et rapide. Il est notamment important que le patient vienne au cabinet suffisamment préparé afin qu’il puisse raconter son histoire, ses symptômes, ses antécédents médicaux. Et afin de ne rien oublier, le patient peut tout à fait demander à enregistrer la conversation. Le livre que j’ai écrit s’ouvre sur divers témoignages de malades qui, dans la relation avec leur médecin, disent apprécier surtout l’empathie et le dialogue. L’empathie signifie comprendre les souffrances et chercher des solutions. En Roumanie, pendant longtemps, les enfants ont été élevés avec la menace que s’ils n’étaient pas sages, le médecin viendrait leur faire une piqûre. Cette peur s’est transmise de génération en génération. Les médecins doivent en être conscients et se comporter avec les malades de manière à gagner leur confiance.
Votre institut traite des problèmes pneumologiques. Comme la plupart des grandes villes européennes, Bucarest n’offre pas l’air le plus pur à ses habitants. Quelles recommandations donneriez-vous contre la pollution urbaine ?
Je mentionnerais d’abord la pollution dans son propre foyer. Et le facteur de pollution domestique le plus important est le tabagisme. Ensuite, il faut limiter autant que possible les solutions ou méthodes qui améliorent apparemment la qualité de l’air, c’est-à-dire les bougies ou bâtonnets parfumés. Je ne dis pas qu’on devrait les éviter complètement, mais il est préférable de les limiter. Il existe différentes solutions pour purifier l’air dans les appartements, comme les purificateurs d’air, ou tout simplement les plantes vertes. L’idée est de vivre au sein d’un espace aussi vert que possible, avec des fleurs sur le balcon, des plantes, surtout si vos fenêtres donnent sur une artère très fréquentée. Quant à la situation dans la ville, ce que je vais vous dire est déjà bien connu ; nous devrions évidemment limiter la circulation automobile, construire davantage de pistes cyclables, et encourager les transports en commun ainsi que l’aménagement d’espaces verts. Sur ce dernier point, il est par exemple important de mettre en place des bordures légèrement surélevées autour des arbres afin d’empêcher les particules fines de terre de se disperser une fois sèches. Surtout, il faudrait aménager une ceinture verte tout autour de Bucarest qui protégerait la ville des poussières provenant de l’extérieur. Les spécialistes du sujet le préconisent depuis longtemps. Qu’il s’agisse de l’intérieur ou de l’extérieur des habitats, tout cela permettrait que beaucoup de citoyens ne présentent plus les premiers symptômes de problèmes respiratoires chroniques, quand on commence à tousser, à avoir très souvent froid, etc.
Désormais, beaucoup de fumeurs, notamment les jeunes, remplacent les cigarettes par différents types de dispositifs électroniques. Qu’en pensez-vous ?
Même si ces dispositifs sont vendus comme une alternative plus saine à la cigarette classique, les données qui apparaissent de plus en plus dans la littérature médicale indiquent qu’ils sont nocifs. Certes, certaines substances présentes dans la cigarette classique sont absentes, mais ces dispositifs contiennent d’autres substances chimiques cancérigènes qui ne se retrouvent pas dans la cigarette classique. Les poumons sont faits pour ne respirer que de l’air pur. C’est pourquoi, comme je le mentionnais, fumer à l’intérieur est déjà considéré comme un facteur de pollution. Sur le tabagisme électronique, la tendance n’est pas à notre avantage. D’après les statistiques européennes, nous sommes en tête du classement européen pour la catégorie des 13-15 ans. Dans une étude menée à Bucarest en 2024, sur un échantillon de 900 jeunes âgés de 11 à 14 ans, 20 % d’entre eux ont déclaré avoir fumé au moins une fois, et près de 76 % ont affirmé vivre dans un foyer avec au moins un fumeur, ce qui est beaucoup. Le pourcentage de fumeurs en Roumanie est d’environ 33 % ; la situation n’est donc pas bonne du tout. Les jeunes filles sont particulièrement attirées par ces dispositifs électroniques colorés et aux arômes variés, plus que les garçons. Et même si de nombreux jeunes commencent par essayer un dispositif électronique sans nicotine, le passage à la nicotine se fait très facilement, et, malheureusement, pour beaucoup, cela constitue aussi une porte d’entrée vers la consommation de drogues.
Propos recueillis par Ioana Stăncescu (12/03/26).
Note :
En 2025, l’Institut national de santé publique a publié un rapport sur la consommation de tabac en Roumanie : https://insp.gov.ro/wp-content/uploads/2025/11/Analiza-de-siutiatie-prev.-consum-tutun-2025.pdf