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Entretien réalisé le dimanche 4 octobre, par mail et en roumain.


Mirabela Grădinaru, la compagne du président roumain Nicușor Dan, est une première dame très active. Décryptage de son rôle et de son influence avec Alexandra Iancu, professeur et doyenne de la Faculté de science politique de l’université de Bucarest…

Quelle importance accordez-vous à la présence de plus en plus visible de la première dame de Roumanie ?

De façon générale, la Roumanie postcommuniste a plutôt connu des premières dames discrètes. Néanmoins, comme ailleurs, les épouses des présidents ont toujours joué un rôle symbolique important dans la vie publique, directement ou indirectement. Elles participent à divers événements ou les organisent, complétant ainsi l’image de leurs conjoints au-delà des périodes électorales. Maria Băsescu et Carmen Iohannis – respectivement, les précédentes premières dames, ndlr – ont souvent été présentes à des rencontres internationales auxquelles le protocole exigeait leur présence, mais aussi, dans le pays, à des offices religieux, des actions caritatives, ainsi qu’à des manifestations que l’on pourrait associer, dans l’imaginaire collectif, au rôle de la femme, comme la Journée de l’enfant, la Journée de la femme, etc. Parallèlement, chacune d’elles a su mettre à profit ses centres d’intérêt pour se forger sa propre image publique. Par exemple, Maria Băsescu, amatrice d’équitation, a participé à plusieurs semi-marathons caritatifs. De ce point de vue, les récentes apparitions de Mirabela Grădinaru s’inscrivent dans la continuité de la « fonction ». Ceci dit, il est vrai que l’on constate une visibilité croissante de ses activités. Ce qui peut mener à quelque malentendu… Il y a notamment eu cette controverse liée à la visite de Mirabela Grădinaru à Kyiv à l’occasion du 35ème anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine – le 24 août dernier, ndlr. Plusieurs événements y ont été organisés simultanément, tels que le sommet de la Coalition des volontaires regroupant plusieurs Premiers ministres et présidents, ainsi qu’un sommet des premières dames et des premiers messieurs auquel Mme Grădinaru a également été invitée. Étant donné que le président roumain n’a pas pu se rendre à Kyiv à ce moment-là, certains ont avancé qu’elle avait représenté la Roumanie lors de rencontres avec des personnalités importantes telles que le Premier ministre britannique. Ce qui, en réalité, n’a pas vraiment été le cas.

En Roumanie, la fonction de première dame n’existe pas, contrairement aux États-Unis, par exemple. Assistons-nous à sa naissance ?

Il est trop tôt pour se prononcer sur la création d’une telle institution. Pour l’instant, Mme Grădinaru mène une vie publique active en soutenant les actions du président, et c’est tout. Pour qu’une institution existe, quelle qu’elle soit, il faut d’abord qu’il y ait une structure organisationnelle claire et une coutume établie au fil du temps, avec ses propres règles et codes de conduite. S’il s’agit d’une institution informelle, elle doit avant tout être socialement acceptée. Et en général, cela prend du temps, de la patience et de la constance. Je pense que la question que vous posez n’est pas tant liée au niveau d’action, mais au fait que les actions publiques de la première dame se développent sur beaucoup de plans pas forcément cohérents. Par exemple, s’impliquer dans des activités visant à sensibiliser davantage le public sur le rôle des parents dans l’éducation des enfants relève d’un agenda politique, tandis que la représentation à haut niveau, souvent accompagnée d’une attention médiatique particulière portée sur les tenues vestimentaires, ne va pas vraiment dans le même sens. Autre exemple, les visites en famille dans des monastères sont les bienvenues, mais elles contrastent avec une vision moderne du couple défendue dès la campagne électorale. Pour que la naissance de la fonction de première dame se fasse jour, il faudrait d’abord davantage de cohérence.

La compagne du président exerce une influence et joue sans doute un rôle dans les décisions qu’il prend. Qu’en pensent les Roumains ?

Ils s’intéressent évidemment à ce type de « soft power », au moins depuis les années 2000. C’est pourquoi les campagnes électorales ne se limitent généralement pas aux candidats mais s’étendent à leurs familles. Traditionnellement, même dans les pays où il est d’usage que les premières dames s’impliquent davantage en politique, les rôles qu’elles assument sont complémentaires et non concurrents par rapport à ceux du président. Leurs actions ne figurent pas à l’ordre du jour politique officiel, mais sont importantes pour compléter la position de la présidence. Mme Grădinaru a endossé de tels rôles dès le début du mandat du président Nicușor Dan. C’est une présence agréable et élégante, et le fait qu’elle soit originaire de Vaslui, une région du pays différente de celle du président et historiquement sous-représentée dans les discours publics, constitue un atout.  Dans le même temps, encore une fois, ses actions s’étendent à trop de domaines pour permettre de consolider une image publique cohérente. Du moins pour l’instant.

Propos recueillis par Carmen Constantin (04/10/26).

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