Entretien réalisé le mercredi 26 novembre dans la matinée, en roumain et dans les bureaux de la CMTEB.
Chaque mois, des dizaines de milliers de Bucarestois se retrouvent sans chauffage ni eau chaude pendant plusieurs jours. Adela Ciudoescu, directrice de la Compagnie municipale Termoenergetica de Bucarest (CMTEB), revient sur ce sujet crucial pour les habitants de la capitale, alors qu’ils votent pour le prochain maire ce dimanche 7 décembre….
Quelle est l’importance du réseau de chauffage urbain de Bucarest ?
Il comprend environ 1000 km de réseau primaire de canalisations souterraines, on entend par là le réseau principal qui part directement de la source, les centrales thermiques, et qui est géré par la société Elcen, sous la tutelle du ministère de l’Énergie. De notre côté, nous nous occupons de la distribution et dépendons de la mairie de la capitale. Puis viennent environ 3000 km de réseau secondaire qui relient les points thermiques – environ 1000 disséminés dans la ville, ndlr – aux usagers, c’est-à-dire aux immeubles d’habitation et aux administrations*. Ce réseau est le deuxième plus important d’Europe après celui de Moscou. Beaucoup le qualifient de système hérité du régime communiste. Certes, il a été mis en place dans les années 1960, mais il demeure malgré tout une innovation technique. C’est un système également moins polluant car il s’agit de se chauffer avec de l’eau chaude qui est transportée depuis la rivière Argeș à travers un réseau souterrain. Ce qui produit moins d’émissions que les centrales de chauffage individuelles**.
* Le système de chauffage urbain de Bucarest dessert environ 63% des ménages, soit plus de 560 000 habitations, ainsi que des institutions publiques et des agents économiques (ndlr).
** Le réseau fonctionne toutefois grâce à des centrales thermiques installées autour de Bucarest et gérées par Elcen qui utilisent des énergies fossiles comme le gaz naturel.
Pourquoi arrive-t-il régulièrement que les habitants n’aient pas d’eau chaude ni de chauffage ?
Nous avons des canalisations qui datent des années 1960, elles sont usées. D’autres ont été changées depuis, mais elles aussi commencent à se détériorer. Cela crée des avaries. C’est un système qui nécessite une maintenance permanente et des investissements constants. Néanmoins, après de nombreuses années de sous-investissement, les choses évoluent, elles vont dans la bonne direction. Grâce à des financements européens*, mais aussi de la mairie de la capitale et du ministère du Développement, le réseau fait l’objet d’un vaste programme de modernisation. Les fonds européens vont servir à remplacer 200 km de réseau primaire. Nous avons commencé les travaux en 2022 et nous sommes à environ 46 % de réseau réhabilité. On commence à en voir les résultats, notamment en ce qui concerne les fuites d’eau. Aujourd’hui, le réseau perd 2400 tonnes d’eau par heure en hiver, contre 2600 tonnes il y a un an. Dans quelques années, tout sera rénové si les investissements restent constants. Quand on remplace des canalisations, le défi est que le système doit rester opérationnel. Les locataires doivent toujours avoir de l’eau chaude, et donc du chauffage. Les seuls moments où les usagers peuvent être théoriquement affectés sont au début des travaux, lors de l’interruption du réseau, et à la fin des travaux, lors de la remise en service de la nouvelle section. Entre les deux, l’eau passe par un autre chemin. Cela prend du temps car nous ne pouvons pas tout faire au même moment, il faut procéder par portions afin que la couverture soit assurée en continu.
Comment procédez-vous aux réparations lors d’un dommage ou d’une rupture de canalisation ?
Nous constatons d’abord des modifications de paramètres de pression et de débit d’eau. Une équipe de contrôle localise ensuite la galerie inondée. Puis la section où se trouve l’inondation est isolée, c’est-à-dire que les vannes d’évacuation sont fermées. Nous passons après au poste de contrôle souterrain, là où l’accès à la galerie est possible pour évaluer l’étendue des dégâts sur la canalisation. Après cela, le système de pompage est à nouveau activé pour évacuer l’eau de la galerie. Le lendemain ou le surlendemain, les techniciens interviennent lorsque la température ambiante dans la galerie est supportable. Imaginez la chaleur qui se dégage de ces galeries où l’eau qui passe est à une température de 80 à 90 degrés, voire proche de 100 degrés. Si les techniciens peuvent accéder au chantier, ils interviennent et réparent les dégâts. Si le problème est plus grave, nous procédons alors au remplacement des canalisations. Mais un autre défi va apparaître dans un futur proche : le manque de main-d’œuvre, car de moins en moins de jeunes veulent faire ce type de métiers, physiquement difficiles.
Propos recueillis par Marine Leduc (26/11/25).