Entretien réalisé le jeudi 6 novembre, par mail et en roumain.
Victoria Stoiciu, sénatrice PSD et ancienne directrice de programme à la Fondation Friedrich-Ebert, revient sur l’évolution du salaire minimum en Roumanie…
Lors de notre précédente discussion en octobre 2021, vous aviez déclaré que le salaire minimum était loin d’être suffisant pour couvrir les besoins d’une vie décente. Quatre ans plus tard, comment évaluez-vous la situation ?
Il faut admettre que ces dernières années, l’évolution du salaire minimum net a été plutôt positive. Aujourd’hui, en Roumanie, il est de 2574 lei – environ 510 euros, ndlr –, et le panier minimum pour une vie décente par individu est de 4322 lei – environ 860 euros, ndlr –, ce qui signifie une augmentation de la couverture des coûts de 59,5 % par rapport à il y a quatre ans. Toutefois, cela reste insuffisant, c’est pourquoi il est important que le salaire minimum continue d’augmenter. Et il est normal qu’il croisse davantage et à un rythme plus rapide en Roumanie que dans les pays d’Europe occidentale. C’est à la fois indispensable et économiquement tout à fait logique. Notre pays est en train de converger vers le niveau de vie des pays d’Europe occidentale ; on assiste d’ailleurs à une forte hausse des prix à la consommation qui se sont partiellement alignés sur ceux de l’ouest du continent. Il n’est donc pas étonnant que les salaires suivent une trajectoire ascendante.
Les politiques d’austérité récemment mises en œuvre, notamment afin de résorber un déficit public important, semblent inévitables. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis pas si sûre qu’elles soient inévitables, cela me semble plutôt être un choix idéologique qu’une fatalité que de faire peser le poids de l’ajustement budgétaire sur les épaules des plus vulnérables. Il y avait d’autres options, comme par exemple l’instauration d’une fiscalité progressive. Quant à l’impact des mesures d’austérité, les chiffres montrent pour l’instant que ses effets sont assez négatifs. Cela se ressent tant au niveau du pouvoir d’achat que du volume de consommation. Je dirais que nous sommes aujourd’hui dans une situation où une crise budgétaire risque de se transformer en crise économique et politique beaucoup plus grave. L’austérité accroît surtout le mécontentement de la population et alimente le vote en faveur des partis extrémistes.
Toujours lors de notre premier entretien, vous proposiez de privilégier les investissements dans les secteurs qui comptent sur une main-d’œuvre plus qualifiée. Quatre ans plus tard, quel bilan ?
Les choses n’ont pas beaucoup changé, il y a eu des discussions, des projets, ce qui est un début. Mais fondamentalement, le modèle de développement de la Roumanie reste le même. Si vous le permettez, je voudrais m’attarder encore un peu sur la question du salaire minimum… Les employeurs se plaignent constamment qu’ils seront obligés de licencier des travailleurs si les gouvernements continuent de l’augmenter ; et ces plaintes sont constamment infirmées par la réalité. Ces dernières années, le salaire minimum a augmenté de façon régulière sans entraîner de baisse du nombre d’employés ni de forte chute du taux de profit, sans parler des faillites ou autres scénarios catastrophiques invoqués. Au contraire, le salaire minimum a plutôt suivi la hausse du nombre d’employés dans l’économie formelle. La Roumanie reste un pays rentable où les entreprises, en général, obtiennent des rendements élevés. Certains médias, certains patrons et certains politiciens brandissent l’épouvantail de l’augmentation continue du salaire minimum. Mais celle-ci est dans la logique de n’importe quel pays en croissance.
Propos recueillis par Carmen Constantin (06/11/25).
Note :
Le média Regard ne soutient aucune tendance politique en particulier. Dans un souci d’équilibre, sur les questions économiques notamment, nous essayons d’interroger autant les analystes ayant une sensibilité de droite que ceux se situant plutôt à gauche. Sans espérer que cet équilibre soit absolument parfait. lc