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Entretien réalisé le lundi 16 février dans la matinée, par téléphone et en roumain.


Georgiana Pascu, experte indépendante en matière de droits des personnes en situation de déficience intellectuelle et handicap psychosocial, dont les enquêtes sur le terrain avaient révélé, en 2023, les conditions inhumaines dans de nombreux Ehpad* qualifiés d’« asiles de la terreur », se penche sur la situation actuelle dans les unités de soins pour personnes dépendantes…

Comment les choses ont-elles évolué depuis l’éclatement du scandale de 2023 ?

Selon le ministère du Travail, il existe environ 800 Ehpad dûment enregistrés, mais le chiffre réel n’est pas connu car l’État ferme les yeux sur le fonctionnement d’entités privées qui ne se déclarent pas comme fournisseurs de services sociaux. Leur existence ne peut pas néanmoins être ignorée par les autorités locales, la plupart de ces unités fonctionnant dans le milieu rural. Pourtant, une certaine opacité demeure, je vous donnerai un seul exemple… Un homme qui dirige une association dans le département de Bihor a été sollicité en juillet 2025 par un hôpital de Mehedinți pour héberger douze personnes souffrant de déficiences sévères. Il en a retourné sept, pour diverses raisons, et c’est alors que nous avons demandé à visiter les lieux pour voir dans quelles conditions vivaient les personnes qui y étaient déjà soignées, environ 400 au total. Mais la police locale nous a interdit l’accès, sous le prétexte qu’il s’agissait d’une unité privée. Quant aux tristement célèbres « asiles de la terreur », ces unités de soins où étaient entassées pêle-mêle personnes âgées et personnes en situation de déficience intellectuelle et handicap psychosocial, le scandale a en effet éclaté en 2023. Cependant, la situation était déjà connue depuis 2003, lorsque le Centre de ressources juridiques (CRJ, ndlr), l’ONG avec laquelle je travaillais, a lancé le programme baptisé « Plaidoyer pour la dignité » visant ces structures, au début uniquement publiques, ensuite également privées mais bénéficiant de fonds publics, où les personnes prises en charge étaient hébergées dans des conditions inhumaines et dégradantes. Cela a valu à la Roumanie d’innombrables condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme. En 2023, à la suite d’une nouvelle série de visites inopinées dans de tels établissements, nous en avons informé le ministre du Travail de l’époque, rapports et vidéos accablants à l’appui. Et la première décision de ce dernier a été de nous en interdire l’accès. Nous avions également saisi le Parquet qui a ouvert deux dossiers très solides. Malheureusement, bien qu’il existe de nombreuses autres plaintes – on continue à découvrir des centres où les personnes prises en charge dorment à même le sol, dans des conditions insupportables –, aucune enquête pénale n’a depuis été ouverte. Quelques modifications législatives ont certes été adoptées, dont une interdisant aux simples personnes physiques de fournir de tels services, mais des échappatoires existent. Ainsi, les inspecteurs chargés de vérifier la légalité et la qualité des soins pourvus par ces centres ne saisissent que très rarement le Parquet, alors qu’ils en ont l’obligation. Le centre de Bihor continue ainsi de fonctionner. D’ici au 30 juin, la Roumanie s’est engagée à « désinstitutionnaliser » 5414 personnes en situation de handicap. Sinon, elle risque de perdre un milliard d’euros de fonds européens. Pendant ce temps, l’État ne veut plus prendre en charge des personnes supplémentaires provenant de centres privés. Je dirais donc que la situation est encore plus grave aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2023. Actuellement, les autorités, jusqu’au plus haut niveau, sont au courant de ce qui se passe mais n’ont, semble-t-il, aucune solution.

* Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, ndlr.

Que recommanderiez-vous aux autorités pour améliorer la situation ?

Tout d’abord, il faudrait réaliser un recensement de ces centres en demandant, par exemple, des informations à la police locale. Ensuite, on devrait les classer selon la gravité de l’état de dépendance des personnes en question, et faire un décompte complet de ces dernières, car aujourd’hui, on ignore leur nombre exact. Une autre recommandation serait de donner suite aux plaintes formulées, alors que les cas de trafic de personnes pourraient se multiplier dans la perspective de cette date butoir du 30 juin, des bénéfices matériels et différentes allocations étant prévus pour la prise en charge de ces personnes. Il faudrait donc voir en quoi consiste ce « marché », pourquoi on ne peut pas le légaliser et protéger les individus vulnérables. Et on devrait surtout promouvoir et investir dans les soins à domicile, au sein des communautés. Il est grave qu’en Roumanie la seule solution dont disposent les familles est d’avoir recours à un Ehpad.

Vous en avez plusieurs fois appelé à la société civile pour qu’elle s’implique davantage, que peut-on faire à cet égard ?

C’est une question d’éducation, de culture. Il y a trente-cinq ans, nous sommes sortis du communisme, une période pendant laquelle les personnes en situation de handicap devaient être cachées. En tant que société, nous devrions davantage faire attention. Si, par exemple, un tel centre est ouvert dans notre voisinage et qu’on y voit des gens maltraités, on devrait tout de suite en informer la police. J’entends souvent des propos du genre « voyez l’état de ces personnes, les autorités paient déjà pour leur entretien, que peut-on faire de plus ? » Ces individus ne sont même pas considérés comme des citoyens de seconde zone. Nous sommes habitués à fermer les yeux sur de tels abus, car ces gens nous dérangent, la société n’en tirant aucun bénéfice.

Propos recueillis par Mihaela Rodina (16/02/26).

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