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Entretien réalisé le mercredi 19 août dans la matinée, en roumain et par téléphone (depuis Chișinău, capitale de la République de Moldavie).


Les incursions de drones se sont récemment intensifiées dans l’espace aérien roumain mais aussi moldave. Certains ont chuté, provoquant des explosions. Depuis Chișinău, nous avons interrogé Elena Mârzac, directrice de la Plateforme pour les initiatives de sécurité et de défense (Platforma pentru Inițiative de Securitate și Apărare – PISA)…

Contrairement à la Roumanie, la Moldavie ne fait pas partie de l’Otan. Comment peut-elle se défendre ?

La Moldavie construit sa défense sur plusieurs piliers notamment via des investissements nationaux mais aussi internationaux, et une intégration progressive à l’architecture européenne. De plus, l’Otan est partenaire dans le développement de nos capacités de défense depuis déjà trente ans. Cependant, notre Constitution indique que nous sommes un État neutre, nous ne pouvons donc pas bénéficier du statut d’État membre de l’Otan. Le partenariat avec elle réside essentiellement dans l’accès à l’expertise, aux normes, à la formation, à la planification et au développement de nos savoir-faire. C’est surtout notre collaboration avec l’Union européenne qui permet de développer notre défense aérienne. De fait, la Moldavie est le premier État non-membre de l’UE à avoir conclu un partenariat formel avec Bruxelles en 2024, une coopération qui couvre la sécurité, la défense et les menaces hybrides, ainsi que la cybersécurité, la gestion de crise et le renforcement de notre potentiel de résilience. Nous avons également reçu un total de 317 millions d’euros via la Facilité européenne pour la paix – une aide FEP qui existe depuis 2021, ndlr – afin de soutenir l’armée nationale. En 2025, 20 millions d’euros ont été alloués pour des lanceurs et missiles de défense aérienne à courte portée, et 40 millions d’euros à la mobilité militaire, au commandement et au contrôle, à l’intégration tactique et opérationnelle, ainsi qu’à l’assistance en matière de défense aérienne à courte portée*.

* En juillet dernier, l’UE a alloué à la Moldavie un financement de 120 millions d’euros pour un système de défense aérienne à moyenne portée. En conséquence, la Moldavie est le deuxième bénéficiaire de l’aide FEP, après l’Ukraine. Source : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/moldova/

De nouveaux types de drones, surnommés « drones-missiles », ont survolé et explosé en Moldavie cet été. Votre défense aérienne est-elle suffisamment adaptée à ces nouvelles technologies ?

Ces drones sont en effet dotés d’un système de propulsion à réaction, comme des missiles, qui réduisent considérablement le temps de réaction. Cela signifie que les exigences en matière de défense aérienne évoluent et que la rapidité de la prise de décision devient aussi importante que le rayon d’action – distance et zone géographique qui peut être couverte, ndlr. Il est indispensable de disposer très rapidement de spécialistes et de dispositifs capables de décider rapidement de la marche à suivre. La dimension stratégique est notamment cruciale. Certains de ces drones peuvent atteindre l’espace moldave à la suite d’attaques contre l’Ukraine, à cause de déviations ou de dysfonctionnements dus au brouillage. Dans le même temps, je considère que tout type de violation de notre espace aérien – 39 incursions de drones au total en 2026, dont 17 rien qu’en août, ndlr –, même s’il s’agit de déviations non intentionnelles, peut être considérée comme une tentative de tester la réaction de la Moldavie et sa réponse à de telles incursions. Les drones testent les radars, le temps de réaction de l’État, et surtout la coordination entre les institutions, notamment du ministère de la Défense avec les autres institutions compétentes. Cela met également à l’épreuve notre capacité de protection civile, et celle à communiquer rapidement avec la population, à lui expliquer la situation sans provoquer de panique.

Êtes-vous d’accord avec la présidente Maia Sandu lorsqu’elle a déclaré cet été que certains drones avaient été envoyés intentionnellement pour viser non seulement la Moldavie mais aussi la Roumanie ?

Partiellement… Il peut y avoir des erreurs techniques et des déviations, comme lorsque la distance n’a pas été calculée correctement. Quand les premiers drones ont survolé le pays, on a parlé de « coïncidences » et qu’il n’était pas nécessaire d’envenimer la situation, ni de s’agiter outre mesure. Ceci étant, le fait que ces incursions se répètent souvent, et qu’il y ait des explosions sur notre territoire, démontre qu’elles font partie intégrante d’une tactique de guerre. On peut donc les attribuer à une forme de guerre hybride et à la volonté de montrer à la population moldave que, très rapidement, des attaques de drones pourraient également toucher notre territoire. Tant l’opinion publique comme notre capacité de réaction sont mises à l’épreuve.

Propos recueillis par Marine Leduc (19/08/26).

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