Aller au contenu
REGARD
  • Contribuez
  • Accueil
  • Regard, la lettre
  • Les Albums
  • Son/Image
  • Archives
RO/FR

Entretien réalisé le jeudi 26 février dans l’après-midi à Cluj-Napoca, dans un studio de Radio Cluj et en roumain…


Diana Roșca est présentatrice radio à Cluj-Napoca et l’une des premières femmes humoristes à monter sur scène en Roumanie à la fin des années 2000. Elle a écrit une thèse sur le rôle social du stand-up et son histoire*…

Comment est arrivé le stand-up en Roumanie ?

Sous le communisme, la liberté d’expression était très fortement restreinte jusqu’à la révolution de 1989. Il existait certes des soirées de théâtre humoristiques, mais tous les textes étaient très analysés et censurés par le régime. L’humour était subtil et avec plusieurs degrés d’interprétation. La chute du communisme a vu le début d’une période où l’extrême opposé s’est imposé. Et aux alentours des années 2000, de jeunes Roumains ont découvert les spectacles de stand-up américains, et ils ont commencé à s’en inspirer. J’ai tout de suite beaucoup aimé ce format, la communication directe avec le public, l’improvisation et cette façon d’être beaucoup plus proche des autres. Le problème, c’est qu’aux États-Unis, après s’être développé progressivement à partir de la Seconde Guerre mondiale, vers les années 2000, le stand-up était devenu plutôt vulgaire. Ceux qui ont repris le flambeau en Roumanie et lancé le stand-up l’ont fait en imitant ce même degré de vulgarité propre à ce qui se faisait aux États-Unis. Ils entraient sur scène avec une bière à la main, en jeans, parlaient au microphone… Ce qui était interdit avant. Bien sûr, le public applaudissait ce qu’il percevait comme une forme très puissante de liberté d’expression, et une partie appréciait ce ton vulgaire. De mon côté, je crois au rôle social du stand-up et qu’il est possible d’éduquer le public sur certains sujets à travers des blagues, mais je ne me sentais pas à l’aise avec ces attitudes. Heureusement, les mentalités ont changé.

Quels changements avez-vous observé ces dernières années ?

Toute forme d’art finit par atteindre une certaine maturité. L’abandon progressif de la vulgarité dans les stand-up en Roumanie est lié à cette évolution. Ceci étant, dans la société roumaine, le degré de tolérance envers certaines blagues est encore très élevé. Le « politiquement correct » que l’on observe ailleurs n’est pas encore arrivé chez nous. Et je ne comprends toujours pas s’il s’agit d’une forme d’acceptation de la population, ou si le public roumain est suffisamment sensible pour considérer ce qu’ils entendent comme de simples blagues et non comme des insultes. D’un autre côté, je suis toujours partagée sur la question du « politiquement correct » ; je pense qu’il peut parfois détruire l’humour. Au fond, tout dépend de la capacité du comédien à faire une bonne blague, sans qu’elle soit offensante. Enfin, je pense que les artistes doivent aussi proposer autre chose au lieu de se contenter d’offrir ce qu’attend le public. Certains humoristes roumains se disent : « Je donne de la vulgarité au public parce qu’il en réclame. » Mais c’est aussi à nous de façonner les habitudes.

Voyez-vous plus de difficultés à être une femme dans ce milieu ?

J’ai toujours l’impression que lorsqu’une femme monte sur scène, personne n’écoute pendant les deux premières minutes. Le public va vous analyser, le corps, les yeux, le visage ou la façon dont vous êtes habillée. Ensuite, même si cela change, le stand-up semble aussi faire partie de ces milieux qui semblent n’être réservés qu’aux hommes, et ce sont souvent les hommes qui sont considérés comme étant les meilleurs humoristes. J’ai essayé d’ignorer tout ça et même de jouer avec. Par ailleurs, aujourd’hui, le défi pour les humoristes est de se faire connaître sur les réseaux sociaux. Dans le milieu artistique en général, il faut être visible sur ces plateformes pour que le public vienne vous voir. Avant les réseaux sociaux, même sous le communisme, on allait voir tout et n’importe quoi, et on se laissait la possibilité d’aimer ou pas. Maintenant, on choisit d’abord sur les réseaux sociaux, mais certaines vidéos postées peuvent être très loin de la réalité une fois sur scène.

Propos recueillis par Marine Leduc (26/02/26).

* https://www.researchgate.net/publication/377577781_Stand-up_Comedy_Origins_Development_Education_and_Romanian_Perspectives_of_a_Comic_Form

Navigation de l’article

Publication précédente

Antoine Bagnaninchi-2

Publication suivante

Ali Mouhoub

REGARD

Contactez-nous :

ASOCIAȚIA REGARD, organisation de droit privé sans but lucratif. Siège social : rue Gheorghe Țițeica nr. 212-214, 3ème étage, salle 2, code postal 014475, secteur 2, Bucarest. Numéro au Registre des associations et fondations : 128/13.12.2016 – Code d’enregistrement fiscal : 36890716.

Droits réservés, Regard 2022–2026

Nous utilisons des cookies pour nous assurer que nous vous offrons la meilleure expérience sur notre site Web. Si vous continuez à utiliser ce site, nous supposerons que vous en êtes satisfait.