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Entretien réalisé le dimanche 1er mars dans l’après-midi, par téléphone et en roumain.


Il y a un an, nous avions interrogé Octavian Berceanu, ancien chef de la Garde nationale de l’environnement, sur la problématique des déchets en Roumanie*. Il fait aujourd’hui le point sur la situation…

Qu’en est-il des importations de déchets en Roumanie ? Comment la situation a-t-elle évolué ?

Nous ne disposons toujours pas d’un système efficace de traçabilité des déchets provenant de l’espace Schengen, et nous avons encore de très grandes lacunes en matière de contrôle des déchets qui arrivent via le port de Constanța. On ne parvient à identifier qu’une petite partie de ces déchets, et encore moins à les neutraliser. Les déchets toxiques, ceux qui mettent des siècles à se biodégrader, ou ceux qui sont dangereux arrivent en Roumanie tout simplement parce que leur stockage y est beaucoup moins cher qu’à l’Ouest, et parce qu’ils ne sont pas stockés conformément aux normes mais abandonnés, jetés ou enfouis dans des fosses. De ce point de vue, je n’ai vu jusqu’à présent aucune décision ferme de la part du ministère, de la Garde nationale de l’environnement ou de la police roumaine, ni aucune condamnation concernant l’introduction et le stockage des déchets dangereux. Nous avons des centaines, près d’un millier d’aménagements piscicoles fictifs, des fosses de trente mètres de long et de dix à douze mètres de profondeur qui sont ensuite remplies de déchets et nivelées sous une fine couche de terre. Malheureusement, nous ne disposons pas d’appareils de mesure des déchets ou des matières réactives qui circuleraient sur le territoire, ni de capteurs permettant de détecter l’existence de tels dépôts. En fait, nous n’avons aucun système permettant d’éloigner les déchets dangereux provenant de l’Europe ou d’ailleurs.

* https://regard.ro/octavian-berceanu-2/

La Roumanie est souvent critiquée par Bruxelles pour ses retards dans le tri et le traitement des déchets. Y a-t-il eu des progrès à ce niveau-là ?

Il y a eu des progrès, mais ils ne sont pas dus aux autorités publiques. À Bucarest, les déchets sont ramassés en tas et jetés en vrac dans des décharges. En matière de gestion des déchets, nous sommes le cas le plus déplorable d’Europe, et, en plus, nous perdons énormément d’argent. Nous sommes restés au niveau féodal, nous jetons nos déchets comme nous le faisions il y a 300 ou 400 ans. À l’époque, nous les jetions dans la Dâmbovița ou la Colentina ; aujourd’hui, nous les jetons dans des décharges. De plus, ce qui s’en échappe, les gaz, n’est ni surveillé, ni neutralisé. Nous sommes juste incapables d’appliquer la législation.

Une exception, le succès du système de recyclage des emballages Returo. Pourquoi ne parvient-on pas à trouver une solution similaire pour d’autres types de déchets ?

Il s’agit là effectivement d’un exemple de réussite. Mais Returo a également connu des problèmes majeurs liés à des registres fictifs de déchets. Ces cas sont passés sous silence. Quoi qu’il en soit, nous devrions nous occuper surtout des déchets qui peuvent produire de l’énergie, par incinération, par exemple, comme c’est le cas partout dans le monde. Nous devrions avoir un tri visible, et les déchets triés devraient arriver sur le marché en tant que matière première secondaire. Ce n’est pas du tout le cas. Surtout, d’après ce que j’ai constaté dans la gestion des déchets, il existe au niveau national des groupes mafieux qui sont à l’origine d’un système basé uniquement sur le stockage, et qui sont souvent aussi des sponsors de partis politiques. Ce que j’avance n’est pas une supposition, il existe bien un mécanisme de corruption, j’ai été le chef de la Garde nationale de l’environnement, j’ai vu et lutté contre le phénomène. Pour revenir à Returo, si nous pouvions reproduire cette recette pour les autres types de déchets, probablement que moins de la moitié d’entre eux finiraient à la décharge.

Propos recueillis par Carmen Constantin (01/03/26).

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