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Entretien réalisé le mardi 3 mars en début de soirée, par téléphone et en roumain.


Qu’en est-il de la santé des yeux en Roumanie ? Éléments de réponse avec Cristina Patentaşu, ophtalmologue à la clinique Hexamed de Bucarest…

Quelles sont les principales maladies oculaires dont souffrent les Roumains ?

Contrairement à d’autres affections, lorsqu’il s’agit des yeux, les gens s’inquiètent facilement et se précipitent chez le médecin. Or, les problèmes les plus courants que je rencontre dans mon cabinet sont, de fait, les affections les plus courantes. Il s’agit de prescriptions de lunettes, d’inflammations, d’infections de la surface oculaire… Mais il y a aussi des maladies plus graves, telles que le glaucome ou la rétinopathie diabétique. Cependant, en Roumanie, il est difficile d’établir des statistiques précises sur les maladies oculaires, car, du moins dans les grandes villes, beaucoup de patients passent directement par des cliniques privées au lieu d’être pris en charge par le système public des hôpitaux d’État. Et ils sont prêts à faire des kilomètres… Notre clinique accueille des personnes venant de Giurgiu, Galaţi, Curtea de Argeş ou Mehedinţi. D’autant que lorsqu’il s’agit des yeux, le médecin n’est pas le seul à jouer un rôle essentiel, il y a aussi l’apport d’équipements performants qui ne sont pas bon marché*. Et les progrès dans ce domaine sont extraordinaires. Il existe désormais des tomographes qui utilisent l’intelligence artificielle dans certains domaines du diagnostic et qui parviennent à faire des choses spectaculaires. Ceci dit, l’expérience du médecin reste évidemment essentielle.

* Précisément à cause de leur coût, il arrive aussi que ces équipements ne soient disponibles que dans des centres publics comme, par exemple, le service ophtalmologique de l’hôpital universitaire de Bucarest (ndlr).

Comment les écrans influencent-ils les affections ophtalmologiques ?

Il est clair qu’il y a de plus en plus d’enfants myopes à cause de leur exposition aux écrans, et cela à un âge de plus en plus précoce. Ils le deviennent même si leurs parents ne le sont pas. La myopie chez les enfants est en train de devenir endémique presque partout dans le monde ; on s’attend à ce que dans une vingtaine d’années, 50 % de la population soit myope*. Aujourd’hui, chez les adultes, les écrans provoquent plutôt une sécheresse oculaire, une sensation de fatigue parce qu’ils ne font pas assez de pauses. Les Américains ont une expression pour ce type de fatigue oculaire, le « eye strain ». Mais il ne s’agit que de fatigue ou de sécheresse au niveau des yeux, des études ayant montré que chez les adultes, les écrans ne provoquent pas de maladies. Il faut surtout être très vigilant avec les enfants, c’est chez eux que des problèmes apparaissent à cause des écrans.

* https://www.nationalgeographic.fr/sciences/sante-medecine-ophtalmologie-la-myopie-touchera-la-moitie-de-la-population-mondiale-en-2050-comment-s-en-proteger

Quels conseils donner aux parents ?

En théorie, jusqu’à l’âge de deux ans, un enfant ne devrait pas avoir accès à un téléphone ou à une tablette. En ce qui concerne la télévision, les risques sont moins importants, même si un jeune enfant ne devrait regarder que des images qui défilent lentement, qui ne sollicitent pas trop les yeux et le cerveau. Quant aux smartphones, plus tard ils y auront accès, mieux ce sera pour leur santé oculaire. Les enfants d’aujourd’hui passent trop peu de temps à l’extérieur. Or, pour les myopes ou ceux en passe de le devenir, les rayons ultraviolets sont bénéfiques ; ils devraient jouer en plein air beaucoup plus qu’ils ne le font actuellement. Un point positif toutefois, je suis heureuse de constater que des campagnes sont menées pour prévenir la myopie dans les maternelles et les écoles du pays. Je vois désormais davantage d’enfants qui viennent dans mon cabinet avec une ordonnance du médecin ou de l’infirmier de leur école après un premier test. Maintenant, nous sommes à Bucarest, je ne sais pas ce qu’il se passe dans les zones rurales. Un premier dépistage ophtalmologique peut être effectué par le médecin de famille. Mais le problème est que les lunettes ne sont malheureusement pas remboursées par la caisse d’assurance maladie. Et les lunettes pour enfants sont assez chères, d’autant qu’elles doivent être changées souvent.

Propos recueillis par Ioana Stăncescu (03/03/26).

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