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Entretien réalisé le lundi 16 février dans la soirée, par téléphone et en anglais.


Des élections législatives auront lieu en Hongrie mi-avril. Décryptage du contexte, des enjeux et de l’opinion hongroise avec Daniel Hegedüs, directeur adjoint de l’Institut pour les politiques européennes de Berlin…

Quelle est la situation politique en Hongrie deux mois avant un scrutin crucial pour l’avenir du pays ?

En premier lieu, je voudrais souligner que les élections législatives hongroises du 12 avril seront l’un des scrutins les plus importants en Europe en 2026, avec des implications profondes tant pour l’Union européenne que pour l’Ukraine. Le régime illibéral du Premier ministre Viktor Orbán, au pouvoir depuis seize ans, a non seulement transformé la Hongrie en une autocratie, mais il est également devenu un obstacle à la prise de décisions stratégiques au sein de l’Union européenne, une menace pour l’intégrité démocratique et politique de l’UE, et un perturbateur du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, voire de sa guerre d’autodéfense, notamment en bloquant à plusieurs reprises le soutien financier de l’UE à l’Ukraine. Concernant la situation politique intérieure, il existe actuellement, mi-février, un écart significatif entre les résultats des instituts de sondage proches du gouvernement et ceux des instituts indépendants. Les premiers mesurent un avantage solide et constant pour le parti Fidesz au pouvoir, de 3 à 7 points de pourcentage, tandis que les seconds indiquent un avantage important, entre 8 et 17 points, pour le parti d’opposition de centre-droit Respect et Liberté, Tisza, dirigé par son candidat emblématique au poste de Premier ministre, Péter Magyar. De son côté, le moteur de sondage agrégé du média Politico, Poll of Polls, met en évidence un net avantage pour Tisza – 49 % des personnes interrogées ayant l’intention de voter – par rapport au Fidesz, 39 %. Tisza a plutôt bien réussi à définir et à dominer l’agenda depuis le début de l’année en annonçant périodiquement ses candidats ministériels et en publiant son programme électoral dès le 7 février. En revanche, le Fidesz est aux prises avec de multiples scandales déclenchés notamment par les propos racistes de János Lázár, ministre hongrois de la Construction et des Transports publics et figure de proue de la campagne du Fidesz, ainsi que par les révélations selon lesquelles les niveaux de pollution de l’usine de batteries Samsung dans la municipalité de Göd – un projet d’investissement clé du gouvernement – dépassaient dans certains cas les seuils réglementaires de 500 %, le gouvernement étant prétendument conscient des risques pour la santé mais restant inactif. En outre, Balázs Orbán, directeur de cabinet du Premier ministre Orbán – sans lien de parenté –, a publiquement évoqué la possibilité d’une fraude électorale qui pourrait favoriser l’opposition, une initiative inhabituelle pour un gouvernement qui a centralisé et politisé l’administration publique au cours des seize dernières années. Compte tenu de tous ces faits, il est légitime de conclure que le Fidesz est en difficulté dans la campagne, actuellement dominée par Tisza, et que le parti et ses principaux responsables politiques se préparent peut-être à une victoire de l’opposition, dont ils pourraient ensuite contester la légitimité en invoquant une fraude électorale.

Selon vous, Péter Magyar a-t-il de bonnes chances de devenir le prochain Premier ministre hongrois ?

Le résultat électoral le plus plausible est effectivement une victoire de Tisza, à condition que les élections restent raisonnablement libres et que le gouvernement sortant s’abstienne de recourir à des mesures autoritaires pour influencer le comportement des électeurs, ou de créer des irrégularités importantes le jour du scrutin qui affecteraient le résultat final. Tisza pourrait non seulement remporter le vote populaire, mais si son avance sur le Fidesz dépasse 7 à 8 points de pourcentage, ou si seuls Tisza et le Fidesz franchissent le seuil des 5 %, il pourrait également obtenir une majorité confortable de mandats parlementaires, ce qui permettrait la formation d’un gouvernement monopartite relativement stable. Toutefois, si l’avance de Tisza est faible et que le parti d’extrême droite Notre Patrie (Mi Hazánk) franchit également le seuil, la Hongrie se retrouverait dans une impasse au sein d’un parlement tripartite, avec Tisza comme principale force politique mais sans majorité claire. Dans ce scénario, la Hongrie pourrait être confrontée soit à un gouvernement minoritaire du Fidesz toléré par Notre Patrie, soit à une coalition officielle entre le Fidesz et Notre Patrie. J’ajouterai que même si le Premier ministre Viktor Orbán bénéficie clairement du soutien du Kremlin et de la Maison Blanche – le président Trump l’a publiquement soutenu sur les réseaux sociaux et le secrétaire d’État Marco Rubio a exprimé le soutien de son administration lors de sa visite à Budapest ce lundi –, il est peu probable que ces soutiens étrangers aient un impact significatif sur l’attitude des électeurs hongrois. La légitimité du régime, qui reposait d’abord sur le système de protection sociale, ce dernier ayant eu un rôle essentiel dans les victoires électorales de 2014 et 2018, s’est érodée. Les services publics sont dans un état déplorable, et le quotidien des citoyens est devenu un argument de poids en faveur d’un changement politique pour de nombreux Hongrois. La question clé est de savoir si Orbán sera prêt à accepter la volonté de la majorité et à démissionner, ou s’il tentera de s’accrocher au pouvoir par des moyens autoritaires, sachant que le contexte politique extérieur est plus propice que jamais à de telles actions.

Quel est le sentiment général de la population à l’égard des prochaines élections ?

L’opinion générale est que ces élections seront décisives et que leur importance n’aura d’égale que celle des premières élections démocratiques de 1990. Pour une grande partie de la société hongroise, ce scrutin représente une occasion de reprendre le contrôle démocratique sur un gouvernement de plus en plus autoritaire et profondément corrompu. D’un autre côté, il constitue une menace pour un pouvoir en place qui a mis en avant la primauté des valeurs nationales et conservatrices au sein de la société. Enfin, si traditionnellement les électeurs indécis ou abstentionnistes constituaient le groupe le plus important de l’électorat, aujourd’hui la taille de ce groupe a considérablement diminué. Car dans une société polarisée, les électeurs sont de plus en plus nombreux à se prononcer en faveur de tel ou tel camp.

Propos recueillis par Carmen Constantin (16/02/26).

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