Entretien réalisé le samedi 17 janvier en milieu de journée, par téléphone et en français.
En ce début d’année, Raluca Alexandrescu, maîtresse de conférences à la Faculté de science politique de l’université de Bucarest, fait le point sur la scène politique roumaine…
Ces derniers temps, la coalition au pouvoir s’est surtout distinguée par ses querelles. Jusqu’à quand tiendra-t-elle ?
Elle tient, pour l’instant. Je pense que toute la rhétorique du PSD (Parti social-démocrate, ndlr) concernant une éventuelle sortie du gouvernement est en grande partie une stratégie visant à conserver certaines positions, ou à en gagner d’autres. Dans le contexte du scandale de plagiat du ministre de la Justice, la réaction du Premier ministre Ilie Bolojan indique qu’il n’est pas nécessairement disposé à entrer en conflit ouvert avec un ministre du PSD. Cet exemple ainsi que d’autres observables tout au long des relations entre les deux partis de la coalition – PSD et PNL, le Parti national libéral, ndlr –, laissent penser qu’aucune de ces deux formations majoritaires n’a nécessairement intérêt à rompre la coalition. D’autant que si l’on en croit les dernières données relatives au bilan de l’année 2025, celui-ci semble modérément positif. Le président (Nicușor Dan, ndlr) a d’ailleurs tenu un message plutôt apaisant et pacificateur lors de son allocution récente devant les ambassadeurs.
AUR* est en tête des sondages. À quel point ce parti vous paraît-il réellement puissant ? Comment a-t-il mûri ?
Il n’est pas seulement puissant, il a également le potentiel de se consolider. En général, je suis prudente lorsqu’il s’agit d’évaluer une situation sur la base de sondages ; on ne peut pas tenir compte uniquement de ce paramètre lorsque que nous nous forgeons une opinion. D’un autre côté, on constate que la croissance d’AUR a été constante et s’est consolidée, surtout lors des élections municipales à Bucarest. En ce qui concerne la discipline du parti et lors des élections récentes, AUR a agi de manière plutôt pragmatique. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les autres formations satellites issues d’AUR, comme par exemple celle de Claudiu Târziu (Acțiunea Conservatoare, ndlr) de plus en plus présente, et qui vise le même électorat qu’AUR. Cela s’est vu lors du dernier rassemblement à Bucarest contre la loi Vexler – dont le but est de prendre des mesures afin de prévenir et de condamner l’antisémitisme, la xénophobie, la radicalisation et les discours haineux, ndlr. À mon avis, le départ de Claudiu Târziu d’AUR est surtout une stratégie visant à rassembler le plus d’électeurs possible autour d’une même rhétorique. L’offre souverainiste est en pleine croissance et se diversifie.
* Alliance pour l’unité des Roumains, parti extrémiste.
Que pensez-vous des huit premiers mois de mandat du président Nicușor Dan ?
C’est un mandat qui a démarré difficilement et qui n’a pas été épargné par les critiques. Il est vrai que le contexte très problématique, tant au niveau national qu’international, n’a pas facilité sa mission. Ce qui est généralement reproché au président, c’est la lenteur et l’immobilisme avec lesquels il traite certains sujets. Je pense aussi à ces décorations contestables accordées à des personnes qui ont été associées dans l’histoire à des courants d’extrême droite et néo-légionnaires. Il y a ensuite eu des interrogations quant à la manière dont il a choisi de soutenir ou de contester tel ou tel projet en matière de politique étrangère. Ceci dit, il faut reconnaître que la Roumanie est face à une situation très délicate entre l’escalade des désaccords au sein de l’OTAN, la manière dont la Roumanie, en tant que pays assez exposé, peut trouver un juste milieu si tant est qu’il puisse encore exister, le partenariat stratégique avec les États-Unis, et son statut de membre de l’Union européenne. Le contexte n’est pas simple, et, malheureusement, on observe qu’il n’y a aucune évolution susceptible de faciliter la mission présidentielle. Sans oublier, évidemment, la guerre en Ukraine et la manière dont ce conflit va se poursuivre.
Propos recueillis par Carmen Constantin (17/01/26).