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Entretien réalisé le vendredi 16 janvier dans la matinée, par téléphone et en roumain.


Corina Murafa, universitaire et vice-présidente du Comité économique et social européen (CESE, organe consultatif de l’Union européenne), analyse le pour et le contre de l’accord de libre-échange entre l’UE et quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) paraphé la semaine dernière*…

Quels avantages et quels désavantages découleraient de cet accord pour la Roumanie ?

Les autorités roumaines n’ont malheureusement pas mené d’étude d’impact sur cette question, ni de débats ouverts et transparents avec les parties impliquées. Mais à mon avis, plusieurs branches de l’économie en tireraient des bénéfices importants. Tout d’abord, l’industrie automobile dont la Roumanie est un leader, et qui occupe actuellement la troisième position en termes d’exportations européennes vers l’Amérique latine malgré des taxes douanières atteignant jusqu’à 35%. Deuxièmement, l’industrie pharmaceutique et des technologies médicales, également en tête parmi ces exportations, est un autre secteur où le pays pourrait tirer son épingle du jeu en profitant d’un marché de 270 millions de consommateurs. En ce qui concerne les possibles inconvénients, les Roumains ne sont pas exposés aux mêmes risques que les Français ou les Irlandais, par exemple ; nous ne sommes pas de grands éleveurs de bœuf ou de volaille, on les importe plutôt. Le secteur agricole pourrait faire face à une compétition accrue mais, à mon sens, bénéfique ; je pense notamment à la production de fourrages. La Roumanie dispose d’une agriculture extensive avec de vastes surfaces de monocultures, des céréales fourragères en particulier, dont des centaines d’hectares détenus par des hommes politiques ou ayant des connections avec le monde politique. Leur activité principale est d’encaisser des subventions européennes. À noter toutefois que ce secteur, notamment la production de soja, représente aussi la principale exportation de l’Amérique latine vers l’Europe. Selon moi, la question qu’il faut surtout se poser est la suivante : que voulons-nous protéger ? Une agriculture à faible valeur ajoutée qui ne crée pas d’emplois et qui est déjà entre les mains de soi-disant grands agriculteurs ? Par ailleurs, cet accord peut représenter une opportunité pour certains produits alimentaires roumains, dont le vin et le fromage. Il prévoit d’ailleurs une clause de protection pour les produits d’Appellation d’origine contrôlée, un secteur à haute valeur ajoutée qui peut être un atout pour la Roumanie sur un marché d’Amérique latine en expansion et dont les consommateurs sont de plus en plus sophistiqués.

* Mercredi 21 janvier, une majorité de députés du Parlement européen a demandé l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne sur la légalité de l’accord avec le Mercosur. Ce recours ‌pourrait retarder jusqu’à deux ans l’examen de l’accord commercial par les eurodéputés, voire enterrer définitivement le traité ‌controversé (ndlr).

Plusieurs pays européens, dont la France, sont opposés à cet accord. En quoi leur point de vue est-il légitime ?

En France, le président Emmanuel Macron se trouve dans une situation politique délicate, sous l’assaut de la gauche comme de la droite, et des agriculteurs qui ont toujours représenté une voix puissante. Or, Monsieur Macron a beaucoup hésité avant de décider de ne pas ratifier l’accord, tout en s’assurant que ce dernier serait adopté suite au vote favorable de l’Italie. Ceci étant, il y a effectivement des pays européens au sein desquels certains produits risquent d’être particulièrement touchés, notamment le vin, le bœuf et la volaille. Des quotas très stricts ont toutefois été imposés ; les importations en provenance du Mercosur ne pourront pas dépasser 1,5% de la production européenne de bœuf, 1,4% pour la volaille. Quant aux agriculteurs français ou autres qui protestent contre cet accord, je n’exclus pas qu’il s’agisse avant tout d’une tactique politique, alors que des négociations sont en cours sur le nouveau cadre financier multi-annuel, source de mécontentement pour ces derniers qui craignent que le budget consacré à l’agriculture ne soit réduit. Leur mouvement de protestation a d’ailleurs porté ses fruits ; Bruxelles a proposé une rallonge budgétaire de 45 milliards d’euros pour la Politique agricole commune (PAC, ndlr).

Mais existe-t-il des garanties suffisantes quant au respect des normes de santé animale et de sécurité alimentaire ?

Oui, ces garanties sont incluses dans le texte de l’accord qui prévoit des contrôles concernant la composition des produits, y compris des tests sur l’utilisation de pesticides et autres substances chimiques. Ces tests seront menés tous les trois mois dans des laboratoires de l’UE. Les produits agroforestiers importés seront pour leur part contrôlés en termes de traçabilité et de conformité aux normes internationales. Des soucis ont par ailleurs été exprimés par les écologistes quant au transport des produits. Mais l’UE peut introduire des critères de qualité pour les biens importés visant y compris l’empreinte carbone. Une autre inquiétude est liée au risque de déforestation dans les pays du Mercosur. Sur ce point, je pense que Bruxelles devrait imposer aux chaînes d’approvisionnement de démontrer qu’elles respectent les normes environnementales et de traçabilité. Il ne faut pas oublier que l’UE dispose de laboratoires, d’experts, d’un système de contrôle très solide en ce qui concerne la sécurité alimentaire et la santé animale. L’Europe est le continent le mieux armé à cet égard et elle devra le faire savoir.

Propos recueillis par Mihaela Rodina (16/01/26).

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