Entretien réalisé le vendredi 14 novembre dans la matinée, par téléphone et en roumain.
Que faire pour que les villes roumaines, étouffées par le trafic et les constructions, soient plus accueillantes ? Diana Culescu, responsable de l’Association des paysagistes de Roumanie (Asop), propose quelques solutions…
Comment se situe la Roumanie en termes d’espaces verts par rapport à d’autres pays de l’Union européenne ?
Si par espaces verts on comprend strictement des mètres carrés plantés d’arbres, il est possible que la Roumanie se porte mieux que d’autres pays européens. Mais ce qui compte, c’est la qualité et l’accessibilité de ces zones. Or, force est de constater qu’en général, dans les villes, il n’y a pas un parc à dix minutes de chaque habitation, comme cela serait souhaitable. Confrontés à ce même problème, plusieurs pays ont mis en place ce que l’on appelle des « parcs de poche ». Et c’est tout à fait faisable en Roumanie aussi ; il faut juste commencer à regarder autrement l’espace qui nous entoure, et à dépenser un peu plus d’argent pour remplacer le bétonnage par d’autres solutions. À Londres, par exemple, on peut désormais se rendre de son domicile à son lieu de travail en traversant uniquement une série de zones vertes qui offrent un espace public de qualité et de protection contre les voitures, contre le soleil ou le vent, avec y compris la possibilité de s’asseoir. En Roumanie, il n’y a pas assez de bancs, et même sur certaines aires de jeux, les parents sont contraints de rester debout. On pourrait penser qu’il n’y a pas assez d’espace pour changer les choses, mais je vous donnerai un autre exemple ; Bruxelles a lancé un projet de descellement des rues asphaltées afin de permettre à la végétation de cohabiter avec les voitures garées. Une autre règle qui gagne du terrain en Europe de l’ouest est celle des « 3-30-300 », qui signifie que de votre fenêtre, vous devez voir au moins trois arbres adultes, 30% de la surface de votre quartier doit être arborée, et un espace vert doit se situer à moins de 300 mètres de chez vous.
Selon une loi adoptée en 2007 et destinée à encourager le verdissement, chaque localité de Roumanie devrait disposer d’un « registre vert », est-ce le cas ?
Cette loi est restée lettre morte. Et cela semble arranger les autorités qui ont tendance à croire qu’il est suffisant de planter des arbres le long des grandes artères pour résoudre le problème. Bucarest, par exemple, dispose d’un « cadastre vert » qui marque les espaces verts d’un point de vue juridique, mais pas d’un « registre vert » qui devrait en outre comptabiliser les arbres, les bancs, les allées, les systèmes d’irrigation et d’illumination… En l’absence de données exactes, comment peut-on prévoir un budget pour leur entretien ? Autre problème : les arbres sont touchés par des maladies spécifiques qui menacent de les décimer. Si l’on ne sait pas où sont plantés les ormes, les bouleaux ou les platanes, on ne peut pas intervenir pour les soigner. Il y a des endroits où l’on plante de nouveaux arbres chaque année, ce qui veut dire que ceux plantés précédemment ne survivent pas, faute de soins. Par ailleurs, à Bucarest, de nombreux vieux arbres sont morts après qu’on leur ait coupé les racines pour mettre en place des réseaux d’eau ou de canalisation. Comment de nouveaux arbres pourraient alors trouver dans le sol les ressources pour résister ? En cause, il y a aussi bien le refus des autorités de travailler avec des experts que l’absence de volonté, un laisser-faire généralisé. Résultat des courses ? À part deux semaines de vacances passées dans des endroits agréables, nous vivons le reste de l’année dans des villes peu accueillantes.
Que pensez-vous de ce que l’on appelle la pollution visuelle ? Quand les grandes villes sont défigurées par de gigantesques affiches publicitaires, et les campagnes par de plus en plus d’éoliennes et de vastes surfaces recouvertes de panneaux solaires…
Des lois existent pour tenir sous contrôle l’affichage publicitaire, mais les autorités ne font pas leur devoir. Encore une fois, c’est une question d’absence de volonté politique et de non-respect de la législation. Pour ce qui est des éoliennes, je pense que le problème principal est qu’elles sont souvent érigées dans les corridors de migration des oiseaux. Enfin, des panneaux solaires sont installés dans d’autres pays aussi, mais ces derniers ont trouvé des solutions pour préserver la biodiversité. Ce qui n’est pas le cas en Roumanie, où des herbicides sont malheureusement utilisés à grande échelle afin d’empêcher la moindre plante de pousser autour de ces équipements.
Propos recueillis par Mihaela Rodina (14/11/25).