n° 43 - 15 décembre 2009 - 15 mars 2010
  





 

 

EDITO

Deux mondes

Guichet d’un bureau de poste à Bucarest. Muni du petit billet en papier recyclé annonçant qu’une lettre recommandée est arrivée, j’attends mon tour. Derrière la vitre, chemisier bleu ciel à col long et brushing bien en place, l’agente Raluca, sérieuse et consciencieuse, cherche le code correspondant à mon billet sur un grand cahier. Des colonnes de chiffres et de lettres illisibles défilent, Raluca trempe son index dans un petit pot muni d’une éponge humide pour mieux tourner les pages. Trois minutes s’écoulent, elle trouve miraculeusement la ligne affichant le code de ma lettre recommandée. Merci Raluca.


Même jour, café-restaurant dans le centre de la même ville. Musique d’ambiance, décoration appliquée, on pourrait être à Barcelone ou Amsterdam. Les sourires se délient, la langue roumaine se mêle à l’anglais, au français, à l’italien. Le menu propose des plats « internationaux ». La serveuse, Lidia, porte un chemisier noir près du corps, le chignon en bataille, ses gestes sont précis, rapides, il ne faut pas faire attendre le client.


Deux époques radicalement différentes se côtoient ainsi dans le présent. Sans se regarder. Il n’y a pas de lien entre elles, il n’y en a jamais eu. Vingt ans les séparent. Le bureau de poste, c’est la Roumanie de 1989, figée, immuable. Le café, la Roumanie de 2009, ou plutôt une partie, effervescente, enthousiaste. Décembre 1989 a provoqué une cassure dans le temps.


Alors il est peut-être un peu insensé de parler de travail de mémoire pour mieux vivre le présent à ceux du « premier » monde. Car leur présent reste le passé. On les pointe du doigt, eux, les vieux qui ronchonnent, quand ils se disent nostalgiques de la période communiste. Mais ils ne sont pas vraiment nostalgiques. Juste dépassés.


Boulevard Magheru, même jour, même ville. Une femme âgée assise sur le muret longeant une pharmacie regarde les voitures passer. Sans rien demander, enveloppée dans un grand châle noir. L’œil perdu. Un jeune étudiant lui tend un petit billet. Ils se touchent presque. Enfin.

Laurent Couderc

 

SOMMAIRE REGARD numéro 43

15 décembre 2009 / 15 mars 2010

 

RENCONTRE
Entretien avec Victor Rebengiuc, comédien

A LA UNE
1989, vingt ans après

SOCIETE
Basescu reste patron de Cotroceni
La voix de la Roumanie à l'ONU
Adriana-Mungiu Patrascu-eurofonctionnaire

ECONOMIE
Un Etat aux poches bien vides
La crise vue par trois patrons roumains
Marques immortelles

CULTURE
L'étonnant musée de Singeorz-Bai
Photos du vrai visage, et du rêve...
Le communisme inspire et captive

CHRONIQUES
Nicolas Don
Alex. Leo Serban
Luca Niculescu

 

 

 

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