n° 55 : 15 mai - 15 juillet 2012

 

 
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EDITO

 

Sans commentaire

Un dimanche matin du mois de mai, parc Cişmigiu à Bucarest. Une fanfare plutôt discrète joue de l’autre côté du pont. Elle interprète Staying alive, des Bee Gees. Curieux. L’ambiance est douce, des barques se croisent sur le lac. En face de moi, un vieil homme aux traits marqués, les cheveux tout blancs, ressemble beaucoup à Anthony Quinn. Il lance des graines aux pigeons, les regarde avec tendresse. Sur le banc d’à côté, un couple s’est assis. Ils ont une petite fille d’environ sept ans qui est handicapée, en chaise roulante. Elle est calme et souriante. Ils ont l’air reposé et savourent quelques madeleines, je crois bien que ce sont des madeleines. Une jeune femme passe devant nous en courant, habillée en tenue de sport rose et blanche. La petite handicapée continue de sourire. Son père lui donne un peu d’eau. Un autre vieil homme s’approche. Chemise blanche impeccable, pantalon beige en lin, il porte aussi un canotier et ne manque pas d’allure. Ses vêtements ont peut-être une trentaine d’années mais il les a soignés. Les oiseaux chantent et semblent vouloir accompagner la fanfare qui a repris après une pause. Cette fois, c’est Yesterday, des Beatles. Le couple avec l’enfant handicapée s’en va, tranquillement. Deux jeunes hommes se sont assis à leur place. Ils ne font rien de particulier, comme la plupart des gens qui sont ici. Quel temps magnifique, il n’y a pas un nuage. Et pas un papier par terre, le parc est propre, d’un vert éclatant. Je fais quelques pas, croise un grand-père qui tient son petit-fils par la main, tous les deux rigolent. Un peu plus loin, des chiens se courent après, eux aussi ont l’air de s’amuser. Bref, tout se passe plutôt bien dans ce parc Cişmigiu en ce beau dimanche matin de mai, et cela fait plaisir à voir. Je me rends compte aussi qu’aucune sonnerie de portable n’a retenti depuis au moins une heure. Ou bien est-ce la fanfare qui couvre les quelques rares nuisances sonores. Tiens, My way, de Frank Sinatra ; ça rend bien, My way en fanfare, les cuivres sont parfaits. Il y a des jeunes musiciens qui viennent sans doute du conservatoire situé juste à côté. Je décide de rentrer, avec un peu le regret de quitter cette belle atmosphère qui n’admet qu’une simple description, quelques légères observations tout au plus, mais n’a pas besoin d’être envahie par des opinions quelconques. Comme c’est trop souvent le cas ailleurs, partout. Un moment de vie, sans commentaire.

                                                                                       

Laurent Couderc

                                                                              

                                                           

 

SOMMAIRE REGARD numéro 55

15 mai - 15 juillet 2012

 

RENCONTRE
Lia Bugnar, auteur et comédienne

SOCIETE
Sous les sols, la pollution
Quartier libre
Quand la violence s’empare de la famille

A LA UNE
Cap sur Constanţa

ECONOMIE
Minés par le désespoir
Campagnes en manque
Schiste ou pas schiste ?

CULTURE
Pif arrive à Bucarest
Mihai Zamfirescu, pionnier du « transmedia »
Livres ouverts, mais un peu seuls

CHRONIQUES
Isabelle Wesselingh
Nicolas Don
Matei Martin
Luca Niculescu

 

 

 

 

 

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