Dans l'ombre de sa très médiatique cousine du parquet anti-corruption (DNA), l'Agence nationale de l'intégrité (ANI) n'en est pas moins méritante. En petit soldat des bonnes pratiques politiques, elle vérifie la bonne foi de milliers d'élus et de hauts fonctionnaires. Son secret ? Une équipe jeune et des méthodes de travail irréprochables.

Elle a pris place entre Piaţa Romană et Piaţa Victoriei, au cœur de Bucarest, dans une imposante bâtisse bourgeoise du 19ème siècle. A l'intérieur, aucun cheveu blanc. « Etant donné que notre institution est nouvelle, nous avons pu former une équipe dont la moyenne d'âge tourne autour de 30 ans, très motivée, et qui n'a aucun lien avec le passé », explique Horia Georgescu, le directeur. Ce juriste de 36 ans au sourire amical et au costume impeccable insiste sur la transparence des procédures de nomination du personnel, comme sur les évaluations annuelles afin de vérifier l'efficacité de l'agence. Ici, tout doit être irréprochable.

L'Agence nationale d'intégrité a été l'une des conditions imposées par Bruxelles pour l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne en 2007. Sa mission : vérifier la situation de quelque 2700 édiles  à travers tout le pays pour chercher incompatibilités, conflits d'intérêt ou avoirs illicites. Un travail de fourmi indispensable pour décourager la corruption à tous les niveaux. « Les conflits d'intérêt sont un phénomène de masse, particulièrement au niveau local, précise Horia Georgescu. On pourrait croire qu'il s'agit de petite corruption, mais ces élus gèrent des sommes d'argent très importantes provenant du budget national, et des fonds européens. » Le cas typique est lorsqu'un édile réussit à détourner des fonds en faisant appel à l'entreprise d'un membre de sa famille pour effectuer des travaux publics. « Les choses commencent à évoluer car certains nous appellent et nous demandent conseil pour ne pas se trouver dans des situations d'incompatibilité ou de conflits d'intérêt », ajoute le directeur.

« Les choses commencent à évoluer car certains nous appellent et nous demandent conseil pour ne pas se trouver dans des situations d'incompatibilité ou de conflits d'intérêt »

Le travail des inspecteurs de l'ANI est hyper informatisé. Les cas à vérifier sont répartis de façon aléatoire selon un algorithme précis pour ne laisser place à aucune suspicion de favoritisme. Ensuite, des procédures précises sont à suivre pour le traitement de chaque dossier. « Dans ces conditions, il est difficile de se tromper, explique la directrice générale de l'inspection de l'intégrité, Elena Galan. Toutes ces méthodes de travail ont été mises en place petit à petit. » Avocate de formation, elle est entrée à l'ANI dès sa création comme assistante dans le cabinet du directeur.

Puis elle a gravi les échelons. « Ce qui m'a motivé est de prendre part à la création d'une institution, c'est tant une motivation personnelle que professionnelle », souligne la jeune femme de 34 ans à la belle chevelure noire. L'ANI est pourtant loin de couler des journées tranquilles. Depuis un peu plus d'un an, elle fait face à des attaques sans précédent de la part du pouvoir politique. La dernière en date a été le vote surprise début décembre d'une loi accordant une « super immunité » aux élus en matière de corruption et remettant en question l'essence même de l'existence de l'ANI. Le texte, adopté par la majorité du parlement, a toutefois été considéré comme inconstitutionnel.

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Tableau de chasse

Depuis sa création en 2008, l'ANI a finalisé plus de 6700 dossiers dans lesquels elle a constaté près de 300 conflits d'intérêts administratifs et pénaux, et quelque 700 états d'incompatibilité. Plus difficile à prouver, les cas d'avoirs illicites constatés ont été un peu moins de 60 ; et dans cinq situations seulement, les biens et richesses obtenus illégalement ont été confisqués par la justice. Le travail de l'ANI a également permis la destitution ou la démission de cinq parlementaires, de deux secrétaires généraux du gouvernement mais aussi de quatre ministres.

Jonas Mercier

Photo : Mihai Barbu

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