Monica Macovei, ministre de la Justice Propos recueillis par Laurent Couderc et Volker Saux |
Son poste est l'un des plus exposés du gouverne-ment. A la tête du ministère de la Justice, Monica Macovei a la lourde responsabilité d'assainir le système judiciaire roumain et d'organiser la lutte contre la corruption. A Bruxelles, on attend ses résultats de pied ferme. L'adhésion à l'Union européenne en dépend. Entretien avec une femme politique qui a décidé de tout mettre en oeuvre pour réussir.
Regard : Vous vous êtes rendue à Bruxelles à plusieurs reprises. Etes-vous plutôt satisfaite de l'accueil des officiels européens que vous avez rencontrés ? Monica Macovei : A Bucarest, j'avais déjà rencontré Olli Rehn, le commissaire à l'Elargissement, ainsi que d'autres officiels de la Commission. A Bruxelles, la plupart des réunions concernent les aspects techniques de l'adhésion. Tout s'est très bien passé, notre stratégie pour réformer le système judiciaire et notre plan anti-corruption ont été très bien reçus par la Commission. Regard : Bruxelles est néanmoins préoccupée par l'application effective des nouvelles lois de réforme de la justice… M.M. : Il est normal que la Commission s’inquiète de l'application réelle de ces lois. Mais la structure même de nos plans d'action pour réformer la justice et combattre la corruption démontre que la loi sera appliquée. Jusqu'en 2007, nous avons des dates limites d'application des lois, nous nous sommes fixés des objectifs très clairs, mois après mois. Nous savons exactement qui est responsable sur tel ou tel aspect des réformes, quelles sont les dates limites, et de quel budget nous aurons besoin. Ces plans ont été signés par le Premier ministre, le ministre des Finances et moi-même. Et nous avons déjà établi des groupes de travail et des comités pour s'assurer que tout se passera comme nous l'avons prévu. Concernant la réforme de la justice, chaque membre du Conseil suprême de la magistrature est responsable de l'application de cinq à dix mesures. Et celui qui échoue est renvoyé. Je coordonne l'ensemble de ces groupes de travail en charge de l'application Regard : Comment les juges et les procureurs réagissent-ils à ces réformes ? M.M. : J'ai invité des juges et des procureurs du pays à venir travailler pendant deux mois au sein du ministère. Nous avons eu trois grandes réunions. Certains d'entre eux se sont montrés un peu réticents, ils n'étaient pas habitués à notre méthode de travail. Les plus anciens se sentent un peu bousculés et effrayés par tous ces changements. Mais dans leur ensemble, les juges et les procureurs sont en faveur de ces réformes. Regard : Pourquoi les plus grands corrompus ne sont-ils toujours pas derrière les barreaux ? M.M. : Nous avons commandé une étude indépendante en mars concernant la lutte anti-corruption. Elle montre que sur les trois dernières années, les affaires suivies par le Parquet national anti-corruption (PNA) ont été à 90% dénoncées par des individus. Seules 10% d'entre Regard : Quelle est l'attitude de l'opposition au Parlement à l'heure de faire passer une nouvelle loi anti-corruption ? M.M. : Une des lois que nous avons proposées, en accord avec l'Union européenne et la Banque mondiale, était d'éliminer l'immunité des anciens ministres. Jusqu'en janvier de cette année, la procédure pour enquêter sur un ancien ministre était la même que pour un ministre en activité. Il n'y a pas de raison à cela. Nous avons donc levé l'immunité des anciens ministres, et nous avons fait la même chose pour les notaires, qui bénéficiaient eux aussi d'une grande protection. Au Parlement, tout s'est bien passé, ce nouveau texte a également été voté par l'opposition. Regard : Le chapitre de la justice est particulièrement sensible dans le processus d'adhésion de la Roumanie à l'Union. Vous sentez-vous sous pression ? M.M. : Je me sens sous pression et je suis sous pression. Mais être sous pression vous permet de donner le meilleur de vous-même. Le gouvernement se doit de faire beaucoup de choses en peu de temps, et je trouve qu'en trois mois nous avons déjà bien travaillé. Regard : Il s'agit de votre premier poste dans un gouvernement, et vous n'avez jamais eu de mandat d'élue. Pensez-vous faire partie d'une nouvelle génération de politiques ? M.M. : Je viens du secteur privé où, si vous n'êtes pas efficace, vous ne survivez pas. Cela m'a appris qu'une date limite doit être respectée, et que rien n'est impossible. Au début, les gens avec qui je travaille me disaient qu'ils ne pouvaient pas faire certaines choses, que c'était irréalisable. Mais après une période d'adaptation, leur mentalité a changé. J'ai également invité de jeunes juges et des procureurs à venir travailler au ministère pendant un an. Regard : Comment avez-vous vécu vos premières semaines en tant que ministre ? M.M. : Je suis le seul ministre qui ne soit pas un politique. Le gouvernement voulait « dépolitiser » le système judiciaire, car l'une des principales critiques des nombreux rapports de la Commission européenne était l'influence de la politique sur la justice. Ma nomination fut le signe que le nouveau gouvernement voulait mettre un terme à cette influence. Mon Regard : Appréciez-vous la fonction de ministre ? M.M. : Je suis satisfaite quand je vois des résultats, quand le Parlement approuve des nouvelles lois décidées par le gouvernement. Au niveau personnel, mon temps ne m'appartient plus. Tôt le matin, je m'asseois à l'arrière d'une voiture, j'ai des réunions ou je travaille à mon bureau jusqu'à très tard, et puis je rentre chez moi. Je n'ai pas le temps de faire autre chose. Mais je suis très consciente de ma position. Quand je travaillais dans le privé, je demandais aux politiques de prendre telle ou telle mesure. Maintenant que j'ai la possibilité d'appliquer mes idées, je mets tout en œuvre pour réussir. A Bruxelles, je retrouve les mêmes personnes que du temps où je travaillais comme responsable d'une organisation non-gouvernementale de défense des droits de l'Homme. Ils me font confiance. Ils savent que ce qui est primordial pour moi est de pouvoir enfin mettre en application les réformes qui s'imposent.
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