Mieux gérer la consommation d'énergie est devenu un enjeu capital pour l'économie roumaine. Et il ne s'agit pas seulement d'environnement mais aussi d'économie d'argent.

« L’efficacité énergétique est vue comme un combustible secret, pourtant elle se trouve devant nos yeux », déclarait en octobre dernier Maria van der Hoeven, directrice de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) lors d'un congrès organisé en Corée du Sud. A son tour, Andreas Gürtler, directeur de la Fondation européenne pour l’isolation industrielle, affirmait quelques jours plus tard que « l’isolation industrielle entraînerait des économies conséquentes, mais de façon surprenante, elle n'est pas vraiment prise en compte ».

Forts de ces constats, les spécialistes de l’Association roumaine pour la promotion de l’efficacité énergétique (ARPEE) ont lancé, le 23 janvier dernier, un Livre blanc sur l’efficacité énergétique. Les premières conclusions sont sans appel : la Roumanie consomme presque deux fois moins d’énergie par habitant que la moyenne de l’Union européenne, mais utilise deux fois et demie plus d’énergie que la moyenne européenne pour produire 1000 euros de produit intérieur brut (PIB). Les pertes d’énergie dans le secteur industriel roumain s’élèvent ainsi à 30 – 35%, tandis que 40 à 50% de l’énergie utilisée dans les immeubles est tout simplement gaspillée.

Selon Ioan Dan Gheorghiu, conseiller du Premier ministre pour les questions énergétiques, le pays va probablement rater la cible dénommée « 20/20/20 » fixée par Bruxelles pour l’année 2020 : « Nous sommes très près d’atteindre 20% de réduction d’émissions de CO2, nous avons pratiquement atteint la cible de 20% du poids de l’énergie renouvelable dans la production nationale, mais en ce qui concerne l’efficacité énergétique, nous ne sommes qu’à 2 ou 3%. » Paroles confirmées par Emil Calotă, vice-président de l’Autorité nationale de réglementation dans le domaine de l’énergie (ANRE), qui estime que le système actuel de pénalités pour décourager la consommation d'énergie devrait plutôt être remplacé par un mode d’incitation du consommateur à investir pour économiser l’énergie.

La réhabilitation thermique des 80.000 immeubles d'appartements très mal isolés à travers tout le pays coûterait environ 5 milliards d’euros, et durerait entre 8 et 10 ans

Autre problème, le bois représente toujours la principale source de consommation énergétique de la population roumaine – plus de 43% – loin devant le gaz naturel, le charbon et l’électricité, qui est l’énergie la moins utilisée dans les foyers. Ceci étant, le bois pourrait aussi faire partie des solutions. Aureliu Leca, professeur à l’Université polytechnique de Bucarest, assure qu'une partie de la biomasse, notamment les résidus végétaux résultant de l’exploitation du bois et des activités agricoles, représente plus de 50% du potentiel total des énergies renouvelables en Roumanie. En utilisant ces résidus pour produire de l’électricité ou de la chaleur, ou bien en les transformant en biogaz, la Roumanie pourrait assurer 10% de sa production d’énergie, et procurer ainsi du chauffage pour la majorité de la population.

Quant aux 80.000 immeubles d’appartements très mal isolés à travers tout le pays, hérités de l’époque communiste, leur réhabilitation thermique coûterait environ 5 milliards d’euros, et durerait entre 8 et 10 ans, toujours selon le professeur Leca. Un prix lourd à payer, mais nécessaire. «  Cela ne pourra se faire que si les Roumains retrouvent un certain esprit communautaire, de solidarité, souligne Gilles Humbert, président de l’ARPEE et de Dalkia Roumanie. (…) S'ils décident d'un choix de chauffage ensemble et non pas les uns contre les autres, associent les acteurs publics, privés, les associations, vers un même but. » La législation européenne oblige les autorités des Etats membres à réhabiliter 3% des bâtiments publics chaque année. Mais en Roumanie, hormis le remplacement des fenêtres, rien n’a encore été fait.

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Des milliards d'euros de perte

L’Association roumaine pour la promotion de l’efficacité énergétique (ARPEE) a été créée en octobre 2012 par neuf grandes compagnies privées – ABB, Alstom, Dalkia Roumanie, Elcomex, EnergoBit, GDF Suez Energy Roumanie, Lafarge Roumanie, OMV Petrom et PricewaterhouseCoopers – totalisant 30.000 employés et un chiffre d’affaires annuel de 8 milliards d’euros en Roumanie. L’objectif déclaré est de promouvoir les activités qui visent l’efficacité énergétique par le dialogue avec les décideurs politiques, les consommateurs industriels et domestiques, et les ONG. Selon l’ARPEE, l’efficacité énergétique pourrait à terme faire économiser 5 à 7 milliards d’euros à la Roumanie, soit 4 à 6% du PIB. L’ARPEE estime par ailleurs que face à l’augmentation des prix de l’énergie dans les années à venir, conséquence de la libéralisation du marché, la performance énergétique est primordiale afin notamment de protéger les consommateurs les plus vulnérables. Pour le professeur Aureliu Leca, « l'efficacité énergétique est effectivement la meilleure solution pour protéger les consommateurs, mais elle dépend surtout de la capacité de l'Etat à bien gérer les institutions concernées, et à mettre en place la bonne législation ainsi que des programmes adéquats ».

Răsvan Roceanu

Dessin : Sorina Vasilescu

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