Rédiger un texte n’est pas simple, il faut d’abord avoir quelque chose à dire et utiliser les mots justes. Cependant, aujourd’hui tout le monde écrit. Sur Facebook, sur Twitter, sur un blog, sur n’importe quel site où il est possible de donner son opinion. N’ayant pas de compte Facebook, Twitter, ni de blog, je crois écrire moins que beaucoup de gens. Les mots sont pourtant les principaux outils de ma profession, et quand je les utilise, j’essaie d’être particulièrement méticuleux, précis, concentré, comme n’importe qui dans son travail. S’il s’agit de rédiger un éditorial sur la scène politique roumaine, ce fut le cas dans le dernier numéro de Regard, je prends le temps nécessaire, mon « papier » est le dernier maquetté avant de partir à l’imprimerie. Mais cela ne suffit pas. Parfois je relis mes éditoriaux – afin de ne pas me répéter – et je me dis que cet adjectif est mal placé, cet adverbe inutile, ou que l’idée principale de mon texte est devenue obsolète. Alors pourquoi les gens écrivent-ils autant ? Certes leur engagement n’est pas professionnel. Ceci dit, ils seront lus, et l’impact de leurs mots pourra les surprendre. Les excuses de « personnalités » après un message sur Twitter le montrent. Car l’écriture d’une phrase, aussi courte soit-elle, est perverse. Elle fait du bien, on se laisse aller, elle remplace un peu le divan du psy. Mais son empreinte est indélébile, d’autant plus à l’ère numérique. Récemment, j’ai eu le plaisir de parler devant un parterre de jeunes étudiants roumains en journalisme. Un peu trop solennel sans doute, je leur ai dit que la Roumanie avait besoin d’eux. J’aurais surtout dû leur dire que le métier de journaliste demande d’abord de la rigueur, et beaucoup d’humilité. Précisément pour ne pas se « laisser aller » à l’écriture. Je m’étonne d’ailleurs que nombre de mes confrères, passé un certain âge, ressentent le besoin d’écrire un roman. Etre écrivain, c’est pourtant autre chose. Sur la Roumanie, je me dis qu’il y aurait de quoi publier davantage que des reportages, je préfère néanmoins que l’historien ou le sociologue s’en charge, par exemple. Et prendre plutôt le temps du recul, pour mieux informer. J’invite ceux qui ne peuvent s’empêcher de s’exprimer à faire de même. Observons. Ecoutons. Arrêtons d’écrire.

Laurent Couderc

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