Edito

Quand on a dû fuir

Début octobre, Regard est allé à Tsaghkadzor, petite ville de montagne située à 60 km au nord d’Erevan, en Arménie, où se sont tenues les 47ème Assises de l’Union internationale de la presse francophone réunissant 270 journalistes de 49 pays. Thème des discussions : le traitement des migrations dans les médias. Tragédies de tous les temps, difficiles à ressentir quand on ne les a pas vécues. Alors peut-être qu’un poème…

Celui qui suit, d’un auteur arménien, décrit la perte, le souvenir, la souffrance qui survient quand on a dû fuir.

Je cherche avec mes chants, ma maison, devenue souvenir,
Alors que se dégrade de jour en jour, son image intime,
Ma maison est un chant dont je n’ai pas non plus les paroles ;
Ma maison est une douce fiancée, que je suis tout seul à aimer.

Je me rappelle l’image de mon père, comme le portrait de Jésus,
Ma mère au visage triste et bon, était encore une jeune fille gracieuse,
Si mon père voyait ma taille et mes yeux pleins de flammes !
Si ma mère savait comme les hommes m’ont battu…

Dans ma pensée ma maison est un œil creusé dans le jour,
Et dans les nuits sombres, me semble être une jeune fille morte
Que j’aime encore… Ensuite je pleure comme un fou ;
Et j’éteins ma chandelle, pour que Dieu ne me voie pas.

Leon Zaven Surmelian (1905 – 1995)

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15 octobre 2018

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